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INTERVIEW ALAN LANCASTER 1997

(Traduction E.Fortin)

 

Salut, Alan, heureux de te rencontrer. Dis-moi, John Coghlan a joué avec les Lancaster Bombers en Scandinavie. As-tu toujours des contacts avec lui ?

Oui, j’ai toujours des contacts avec John et on se parle de temps en temps. Nous avons l’habitude avec les Bombers d’inviter des gens à jouer avec nous. John a été l’un d’eux et il se peut qu’il revienne dans le futur.

Lorsque tu étais avec Status Quo, tu as écrit quelques morceaux avec un certain Keith Lamb, qui est-il exactement ?

Tu sais, j’ai toujours aimé travailler avec quelqu’un, ce que j’aime moins c’est que quelqu’un tire à lui, les ficelles de mon travail. Keith Lamb jouait dans un groupe australien appelé Hush. Ils étaient d’ailleurs très populaires. Quand je l’ai rencontré, il s’occupait également d’une maison de disques et nous sommes devenus amis. Il m’a beaucoup aidé dans l’écriture de certains morceaux, comme " Ol Rag Blue " qui était d’ailleurs pratiquement terminé lorsqu’il m’a proposé son aide. Il n’écrivit que quelques couplets. Néanmoins, le titre fût crédité Lancaster-Lamb.

Etrangement, avec Status Quo, c’était différent. Tu arrivais avec une idée, un prémice d’écriture et à partir de çà, nous nous mettions souvent à bosser ensemble sur cette idée. Souvent l’auteur original bossait moins à l’écriture du morceau que les autres. Mais même s’il n’était pas le véritable auteur, le titre lui revenait.

Ce fût notamment le cas pour " Rain " et " Mystery song " en 1976. Pour ces deux singles à succès, ce fût Rick qui apporta les premières idées. Concernant " Mystery song ", j’ai écrit la plupart des paroles avec Bob Young et j’ai aussi participé à l’écriture de la mélodie. Je pense que Bob aussi. Et bien le titre a été crédité à Rick seul. Même chose pour " Rain ", j’en ai écrit une partie avec Francis et Bob. Le titre a été crédité Parfitt-Young seulement. En fait Rick n’a pas écrit ces deux titres, il en a juste écrit une partie au même titre que moi ou Francis.

A l’époque et sur l’album " Blue for you ", j’écrivais avec Francis alors nous avons pensé : Laissons ces deux titres à Rick. C’était comme çà et le crédit des écritures n’allait pas forcément aux véritables auteurs. John Coghlan n’écrivait pas. Il n’a jamais écrit " Roll over Lay down " ou " Break the rules " et pourtant ces titres ont été crédités Rossi-Parfitt-Young-Lancaster-Coghlan.

 

Photo prise lors du passage de John Coghlan au sein des Lancaster Bombers en 1994

 

Ceci n’était-il pas une question d’argent ? Je veux dire que le ou les auteurs touchaient plus d’argent sur la vente de disques ?

Oui, c’est vrai. Les auteurs de singles touchaient l’argent provenant de l’écriture, mais, dans Status Quo, nous ne pensions pas de cette façon là. Chacun touchait les retombées du succès. Nous avons toujours essayé de tout redistribuer parce que l’écriture représentait vraiment notre salaire. Il n’y avait guère que çà que notre management ne contrôlait pas. C’était çà qui nous aidait à survivre. C’est pourquoi, nous nous séparions le crédit des écritures.

" Roll over Lay down " a été écrit par Rick et moi en premier, ensuite Francis a trouvé le riff et Bob a écrit quelques paroles. Alors, nous ne voulions pas laisser John hors du coup et j’ai suggéré de l’intégrer dans les auteurs. Il en fût de même pour " Lonely light " que j’ai écrit avec Francis, mais comme, à l’époque, j’écrivais avec Rick et Francis avec Bob, nous avons décidé de les mettre aussi. Et bien sûr, John également.

Aviez-vous des discussions dans le groupe, concernant les titres à garder et ceux à jeter pour faire vos albums ?

Non, parce que nous n’avions jamais assez de titres. Mais quelquefois, lorsque j’écrivais des titres, en particulier, c’était difficile d’obtenir des autres qu’ils les jouent convenablement. Francis et Rick étaient plus intéressés par leurs propres compositions.

Il est évident qu’après " Whatever you want ", le dernier véritable album de groupe, chaque membre semblait aller dans sa propre direction ?

C’est exact. Quand quelqu’un écrivait une bonne chanson, les autres se précipitaient pour y ajouter leurs propres idées. Puis ça s’est terminé. Certains titres sont sortis complètement différents de ce qu’on voulait. Exemple pour " Ol Rag Blues ". Je l’avais composé , il ne restait plus qu’à le mixer. Quand nous sommes revenus, Rick et moi, nous nous sommes aperçus que Francis avait été secrètement en studio pour réaliser le mixage du single ainsi que de tout l’album. Je peux te dire que Rick et moi avons détesté çà. De plus, les titres étaient meilleurs avant que Francis ne les mixe. Hélas, par la suite, ces choses là ont persévéré.

Je pense que vous n’étiez pas heureux de vous retrouver en studio alors ?

C’est difficile à dire parce que quand nous jouions ensemble, nous étions vraiment heureux. Vraiment, c’était beau. Pourtant, c’est vrai qu’il y avait beaucoup de problèmes. Francis avait beaucoup de problèmes et tout le temps. Mais il restait très secret. Rick aussi avait souvent des problèmes. Moi, j’arrivais au studio plein d’enthousiasme alors que chacun paraissait quelquefois anéanti. C’était dur de dominer çà. Nous étions heureux dans un sens et pas dans un autre. Hors du groupe, Francis et Rick avaient une vie à problèmes. Quant à John …c’était John.

Alors qu’il jouait avec Status Quo, John avait la réputation d’être sauvage et indiscipliné alors que c’est un gars sympa voire timide.

Tu sais, c’est très frustrant d’être dans un groupe et de ne pas savoir ce qui s’y passe. C’etait le cas de John. Pourtant, il était le premier qui faisait tout son possible pour le groupe et pourtant il était traité comme un moins que rien. Notre management l’ignorait, les autres gars aussi, c’était comme s’il n’existait pas. Il était très frustré de cette situation mais n’en parlait pas. Il ne savait pas quoi faire pour s’en sortir. C’était vraiment embarrassant pour lui.

T’es tu senti coupable de son départ ?

Je me suis blâmé entièrement lorsque John est parti et je lui ai dis mais lui s’est senti le seul et unique responsable de sa décision. Tu sais, nous ne pouvions pas nous permettre financiè- ment d’avoir quelqu’un à la traîne. Nous sommes des hommes, nous avons des familles à nourrir. Nous ne pouvions pas nous permettre de passer des mois en studio à boire ou à déconner. Nous étions là pour travailler.

En fait ce que tu dis c’est que John ne voulait pas travailler ?

Si, il voulait bosser mais il voulait uniquement jouer de la batterie. De même Francis et Rick jouaient de la guitare et c’est tout. C’est facile à dire : Moi, je joue de la batterie, moi je joue de la guitare. Mais il faut travailler les morceaux, apprendre les choses que l’on doit jouer et çà, personne ne voulait le faire. Ils pensaient que çà viendrait naturellement, soudainement. En fait, ils oubliaient, qu’au début de Status Quo, nous étions assis pendant 12 heures par jour dans la même pièce à répéter, à jouer ensemble. C’est pour çà que c’était bon. Et puis le succès est arrivé alors ils ont soudainement pensé que ça viendrait naturellement mais çà ne se passe pas comme çà. Comme je te l’ai dit, je me suis senti responsable du départ de John.

Ca s’est passé aux studios de Montreux en Suisse. Nous avions passé les deux premiers jours à travailler sur les parties de batterie et puis soudain, John est parti brutalement en balançant sa batterie au travers de la pièce. Je ne pouvais pas supporter cela alors j’ai dit aux autres : Nous avons besoins d’un autre batteur pour faire l’album. En effet, nous avions passé des mois à écrire des titres, enregistré des démos et tout et tout … J’étais vraiment contrarié.

As-tu pensé que John quittait Quo pour de bon et que la solution envisagée était définitive ?

Non, pas du tout. C’était juste pour faire cet album. John aurait pu revenir si les choses s’étaient mal passées. Mais nous avions besoin de quelqu’un pour faire l’album. S’il était bon ou mauvais batteur, nous l’aurions su rapidement et nous n’aurions pas enregistré avec lui mais bien sûr, on l’a fait.

Cependant, John aurait pu revenir et dire : Allez les gars, laissez-moi reprendre les baguettes et oublions tout. Mais non …

Mais vous ne l’avez pas contacté après ces incidents pour régler les problèmes ?

Ce qui s’est passé c’est que Francis a fait venir Pete Kircher, qui était quelqu’un avec qui j’avais un peu travaillé à Londres, pour faire des démos. Pete est un gars sympa et un grand batteur mais il n’avait pas la magie qu’avait John. John avait réellement quelque chose en plus. C’était vraiment un bon batteur. Quand John est parti, Pete est arrivé rapidement. L’idée n’était pas de se débarrasser de John , non, mais je pense que Francis avait déjà çà dans la tête. Notre management semblait aussi heureux du départ de John, pensant à la publicité faite autour du groupe. Tu penses, un membre de Status Quo s’en va …

Pendant ce temps, Andy Bown est devenu un membre permanent du groupe.

Environ une année avant que ça se produise, j’avais dit à Andy : Tu sais, je pense qu’un jour, tu deviendra un membre permanent du groupe. Et j’ai rajouté : Pourtant, je pense que ça sera mauvais pour nous.

Qui a pris la décision si tu étais contre alors ?

Ce fût Francis. Tu sais, quand j’étais en Australie, il n’y avait pas de balance dans les décisions concernant le groupe. Francis avait les mains libres . Quand j’étais là, c’était différent. Néanmoins, Rick allait souvent dans le sens de Francis mais quelquefois, il était de mon avis. Quand j’étais absent et qu’il y avait des décisions à prendre, Francis disait : Nous n’allons pas téléphoner à Alan en Australie, tout le temps, pour lui demander son avis ".

De plus, Francis incitait John à quitter Status Quo . John était perdu et c’était très mauvais.

On lui avait promis une augmentation de salaire qui n’est jamais arrivée.

Réellement, Francis voulait virer John pour faire venir son ami, Pete Kircher. Alors, bien sûr, Andy fût appelé car il se rangeait toujours aux cotés de Francis. Rick a dit " O.K ". Il était très souvent d’accord avec Francis. La camaraderie dans Quo était touchée. John était souvent à l’écart et pourtant il était l’un d’entre nous, un membre du groupe.

L’album " 1+9+8+2 " a surpris et n’est pas très bon. Des commentaires ?

Quels titres sont sur l’album ? Je ne me souviens plus. Ah oui ! Tu vois, le problème est que Francis ne voulait pas que l’on travaille sur ses compositions. Il les faisait avec Bernie Frost et c’est tout. Et puis, il fallait les enregistrer comme lui le voulait. C’est notamment ce qui s’est passé avec " Jealousy ". Il y avait la façon Rossi et la façon Status Quo. Et bien, sur l’album c’est la version Rossi-Frost qui apparaît et non celle du groupe. Francis voulait de plus en plus contrôler la situation, il voulait se montrer. Il voulait que Rick et moi, nous le respections et puis Rick a pris la même attitude, il voulait que Francis et moi le respections.

Ce n’était pas du tout comme çà au début de Status Quo mais la drogue a tout changé.

 

" 1+9+8+2 " présente un manque évident de direction musicale, les membres du groupe semblant s’éparpiller. Alan, des commentaires ?

Bien, ça a commencé avec l’album " Rocking all over the world ". Avant, nous avions produit tous nos albums et il y avait une cohésion. Et puis Pip Williams est arrivé. Il a commencé à créer de nouvelles techniques d’enregistrement sans rapport avec la musique du groupe. C’était mauvais pour nous mais Francis était impressionné. Il est vite devenu ami avec Pip. Petit à petit, Pip considéra Francis comme le leader du groupe, ce qui n’était pas du tout le cas. En fait, Francis était le membre faible du groupe. En fait de leader, c’était plutôt le dernier de la ligne. Après " Rocking all over the world ", nous n’aurions pas du retravailler avec Pip car la seule chose de l’album qui soit bonne c’est le single qui porte le même nom. Attention, ce n’est pas un mauvais album. C’était bien dans le sens ou tout le monde était enthousiasmé à l’idée de faire des choses nouvelles mais quand " If you can’t stand the heat " est sorti en 1978, le groupe entier savait que c’était mauvais. Et puis Francis a voulu en refaire un avec Pip et c’est pourquoi il a encore produit " Whatever you want ". Mais là, nous étions co-producteurs…

Dans le livre " Just for the record ", Francis a déclaré que tu étais contre l’enregistrement du single " Rocking all over the world ". Bizarre, non ?

Oui, complètement, c’est un non sens. Je ne sais pas d’où c’est venu. Il est vrai qu’il m’arrivait, comme les autres membres du groupe, d’être contre l’enregistrement de certains morceaux. Je ne voulais pas faire " Marguerita time " alors que tout le monde voulait le faire. Alors j’ai dit : O.K, bossons-le et faisons-le. Francis a dit que j’avais essayé d’arrêter ça mais c’est faux.

Quant à " Rocking all over the world ", c’est faux. C’est une véritable nouvelle pour moi. En ce qui concerne l’album, c’est un petit album sympa, sans plus. Il faut bien admettre qu’en le regardant de plus près, ce n’est quand même pas super.

Vous l’avez enregistré en Suède. As-tu des souvenirs précis ?

Oui, je me souviens que c’était sympa. Ma femme était venu et faisait, tous les jours, la cuisine pour le groupe et pas un mot de remerciement. Nous étions satisfait de l’album à un certain degré mais je dis bien un certain degré parce que nous l’avons enregistré avec une autre approche. Francis était toujours avec Pip, parlant des titres, de ce qu’il voulait et ne voulait pas. C’était comme si Pip travaillait avec Francis Rossi et non avec Status Quo. Pip suivait les instructions de Francis sans se soucier de l’avis des autres.

C’est à partir de là que les problèmes ont surgi ?

Oui, ça coïncide avec l’arrivée de Pip William. Pourtant, au début j’avais de l’estime pour lui quand il nous traitait tous à égalité. Il venait souvent chez moi, dans le Surrey, et on répétait.

Et puis, au début, nous étions impressionné par ses techniques d’enregistrement.

 

Qui a eu l’idée de travailler avec Pip Williams ?

C’était une idée de Colin Johnson, notre manager, qui pouvait paraître bonne.

Au sujet du single " Rocking all over the world ", qui a voulu l’enregistrer ?

C’est Rick. Personnellement, je n’aimais pas la version originale mais quand nous l’avons fait en studio, c’était vraiment bien. On l’a joué tous ensemble, en harmonie, et c’était vraiment beau. On a retravaillé quelques détails. J’aime vraiment cette chanson et d’ailleurs je la joue toujours sur scène avec les Bombers.

Quels sont tes titres préférés de tes années Status Quo ?

Disons Pictures of matchstick men, Roadhouse blues, Rocking all over the world, Rain, , Down down, Accident prone, Backwater, Roll over lay down, Big fat mama, Whatever you want, Over the edge, Break the rules, Softer ride …

De quel album de Status Quo es-tu le plus fier ?

C’est difficile à dire. Tous les albums enregistrés avant " Rocking all over the world " étaient supers. Mais j’ai quand même été heureux de faire " Rocking all over the world " et " If you can’t stand the heat ". Malgré tout, nous avons toujours eu de bonnes vibrations.

Y avait-il qu’en studio qu’il y avait des problèmes ou bien y en avait-il aussi en tournées ?

Non, en tournées, nous étions heureux, c’était vraiment super. Il faut dire que Rick et Francis n’étaient pas très bons en studio. Rick ne savait pas comment travailler en studio. Quand à Francis, il connaissait les bonnes pièces mais il ne savait pas les mettre bout à bout pour arriver à un bon résultat. Moi, je connaissais car je possédais mon propre studio et j’avais l’habitude de ce genre de choses. Pourtant, ils voulaient mixer leur composition. Je me souviens, une fois, je suis arrivé au studio et ils écoutaient tous un enregistrement du groupe. Je leur ai dit : C’est super, les gars, mais il y a un léger bruit strident sur toute la longueur

du morceau. Personne ne l’avait entendu et ils allaient mixer avec ça, je ne pouvais pas le croire. De plus, Francis ne supportait plus d’aller en studio avec nous. Il ne voulait plus que l’on travaille tous ensemble. Finalement, après " Whatever you want ", nous avons décidé de ne plus travailler avec Pip Williams. Alors, Francis a voulu travailler avec John Eden. Nous avons enregistré " Just supposin’ " . Puis quand nous l’avons terminé, Francis a voulu que nous restions en studio pour y enregistrer d’autres morceaux. C’était logique, rester en studio pour avoir un autre album. Mais même si l’aspect économique n’était pas négligeable, pour moi, il n’y avait pas de sens créatif. Bon, je l’ai fait car je savais que si chacun y mettait toute son énergie, nous pouvions le faire. Hélas, " Never too late " est un album raté.

Tu dis que " Just supposin’ " et " Never too late " ont été enregistrés en même temps ?

Oui, exactement, les deux ont été enregistrés en Irlande. Francis avait une passion pour ce pays et voulait enregistrer ici. Mais " Never too late " est à jeter. Nous n’aurions jamais du faire ça. Ca aurait pu si physiquement nous étions bien mais nous étions crevés. Nous venions de faire " Just supposin’ " alors pourquoi poursuivre immédiatement avec un autre album ?

 

Tu mentionnes que, malgré les problèmes rencontrés en studio, vous étiez vraiment heureux de jouer ensemble en tournées. Quels sont les moments les plus mémorables ?

Manifestement, faire l’ouverture du Live Aid au stade de Wembley est l’un de nos meilleurs moments live. Le dernier concert de " End of the road ", en 1984, au Milton Keynes, restera toujours gravé dans ma mémoire. Bien sûr, il y a aussi le concert pour le " Prince’s trust " au N.E.C en 1982. Il y a notre premier concert dans en 1962, dans le club de mon père, le Samuel Jones Sport. Et puis tous nos concerts que nous ayons faits au Greyhound de Londres.

L’ouverture du Live Aid est la dernière chose que vous ayez faite ensemble. Comment cela s’est il passé ?

En fait, c’est Iain Jones qui m’ a prévenu que Bob Geldof nous voulait pour faire l’ouverture du Live Aid. Moi, j’étais pour et je lui ai dit : Oui, super, je veux le faire. Puis, Iain m’a dit que Francis était contre. Alors, j’ai dit à Iain : Ecoute, Dis à Francis que s’il ne veut pas le faire, je m’assurerais de faire savoir à tout le monde pourquoi il n’y avait pas Status Quo.

Et bien, après, il ne s’est pas passé beaucoup de temps pour que Iain me recontacte pour dire que Francis était d’accord.

Parlons de Iain Jones, qui l’a choisi comme manager ?

Encore Francis. Iain était technicien des claviers d’Andy Bown. Pour être honnête avec vous, je n’ai jamais vraiment apprécié ce gars. Il y avait quelque chose en lui que je n’aimais pas mais je ne saurai pas dire quoi. Néanmoins, je pensais que je n’avais pas à le juger et que c’était probablement un type bien. J’habitais en Australie et lui et Francis s’entendaient à merveille. Peu de temps après, Bob Young fût viré et Iain est devenu notre tour manager. D’une certaine façon, à jouer au lèche cul avec des gens comme Iain, Pip William et Colin Johnson, Francis dégradait Status Quo. Il faisait beaucoup de choses en arrière de nous. Il concoctait beaucoup avec Colin Johnson et certains projets étaient réalisés sans que Rick ni moi en ayons connaissance. Evidemment, ça causait beaucoup de frictions au sein du groupe car ce n’était son groupe, il ne lui appartenait pas et le fait d’en être le chanteur principal ne l’autorisait pas à faire ce qu’il faisait. Cela ne nous plaisait pas. Il est évident que Iain Jones avait beaucoup de considération pour Francis. Ils devinrent de grands amis en même temps que Iain devint notre tour manager. Bob, donc partit mais à l’époque de son départ, nous étions tous d’accord car Bob se comportait de plus en plus comme le cinquième membre de Status Quo et avait de plus en plus d’exigence. Quelquefois, il contestait nos projets et ça devenait pénible. Cela dit, c’était un grand tour manager, probablement un des meilleurs du métier. Il commençait à demander plus d’argent pour l’écriture des morceaux et Francis était d’accord pour lui donner une partie de sa part, de la mienne et celle de Rick. Alors …

 

Au sein du groupe, y avait-il des discussions concernant les changements de management ?

Non, pas vraiment. En 1979, j’ai commencé à m’intéresser de plus près à l’aspect financier du groupe. Je me demandais où passait l’argent. Nous n’en recevions jamais beaucoup. Tout était réinvesti dans le groupe. Enregistrer des albums coûtait très cher et c’est pourquoi John a dû partir car nous perdions beaucoup d’argent à ne pas fournir un travail correct. Vous pouvez penser que Status Quo faisait beaucoup de frics mais non. Tout le monde gagnait beaucoup d’argent sur Status Quo sauf … Status Quo.

En 1984, nous quand nous avons fait " End of the road ", chacun voulait faire assez d’argent pour pouvoir se retirer mais, en fin de compte, nous en avons perdu. D’ailleurs, après la tournée, Rick était cassé, il n’avait plus un sou en poche. En 1985, au moment du Live Aid, il avait perdu sa maison, son studio. Il habitait un petit appartement, n’avait plus de permis de conduire, rien … C’est pourquoi, je suis revenu d’Australie, à mes frais, pour l’aider. Personne ne l’aidait pas plus Colin Johnson que Francis Rossi. Comme il l’a mentionné dans sa biographie, Rick était au bord du suicide. Donc, comme je l’ai dit, je suis revenu d’Australie et ai jeté un œil sur la comptabilité du groupe et là, je me suis aperçu que nous étions littéralement arnaqués. Rick le savait mais avait peur de faire quelque chose pour que ça change. Il était alors d’accord pour que Colin Johnson parte mais voulait qu’il devienne son manager personnel. C’était ridicule. Rick rejetait Status Quo et voulait continuer en solo.

Puis son album ne s’est pas fait et il a été anéanti. Il en fût de même pour Francis. Mais, à cause de tout ça, je n’ai pas pu réaliser mes affaires. J’avais payé mes enregistrements et rien ne s’est fait.

As-tu entendu les albums solo de Francis et de Rick ?

Oui, je les ai entendus. Le matériel que Francis avait enregistré était bon avec de bons rythmes. J’ai habité avec Rick quelques temps et j’ai écouté ses morceaux. Comparé à l’album de Francis, c’était plus frustre. Il y avait de bons passages mais pas suffisamment.

Puis, quand je suis arrivé avec mon propre matériel, la compagnie de disques n’a pas voulu me produire. Ils avaient dépensé beaucoup d’argent pour Rick et Francis et n’avait plus rien à me consacrer. Alors, le matériel que j’avais enregistré était destiné au futur album de Status Quo. Si j’avais encore fait parti du groupe, vous auriez entendu des titres comme Escape, Running in the shadow, Aim high. Ces titres ont donc été interprétés par les Party Boys et les Bombers. Alors que je travaillais au futur album de Status Quo, Francis et Rick faisaient leur album solo secrètement.

Tu as vu Status Quo en live à Goteborg en Suède en 1995. Que penses-tu de leur performance ?

J’ai vraiment trouvé ce concert fastidieux. Ca manquait de sens et de réalisme. La plupart des titres étaient joués beaucoup trop rapidement. C’est bouleversant pour moi de voir Rick et Francis dégrader à ce point le nom et l’image de Status Quo.

As-tu rencontré le groupe pendant leur passage en Australie en mars de cette année ?

Non, lorsqu’ils sont venus, j’avais un problème familial à régler. Mais j’ai eu Rick au téléphone quelques semaines avant et puis à nouveau quelques semaines après leur passage.

Quant à une reformation du Status Quo original, penses-tu que les portes soient définitivement fermées ?

Tu sais, je ne vois pas les portes définitivement fermées, mais je ne les vois pas s’ouvrir non plus. Je pense que ça vaudrait vraiment la peine de nous réunir tous les quatre pour faire un nouvel album. Nous pourrions encore le faire. D’ailleurs, le nombre de mails me provenant des fans du monde entier est tout simplement incroyable.

Enfin, Alan, une dernière question. Il semble qu’il y ait encore beaucoup d’amertume notamment entre Francis et toi. Est-ce le cas ?

Non, je ne suis pas rancunier de ce qui s’est passé. Je suis juste un peu en colère dans le sens ou ils ont brisé ma vie. Je n’ai rien vu venir. Ce n’est pas comme s’ils m’avaient dit : Tu sais, Alan, l’année prochaine, nous voulons te remplacer, pouvons-nous nous arranger ? Mais, non, ça s’est fait très sournoisement. Ils m’ont laissé dans une situation ou je ne pouvais continuer ma vie. Et je me suis battu pour ce que j’avais. Je suis en colère pour ce que Francis et Rick ont fait. Ils ont été mes amis pendant 25 ans, mes meilleurs amis. C’est très dur pour moi de leur pardonner s’ils ne sont pas désolés. Je sais qu’ils sont désolés mais ils ne me le diront pas. Pourtant, je pourrais les pardonner. Bien qu’ils soient désolés de cette situation, ils ont continué à dire des saletés sur mon compte. Je ne sais pas pourquoi ils ont fait ça. Mais vraiment, j’aimerais pour moi, John , Francis et Rick que nous jouions encore tous ensemble comme de véritables amis.

Quelquefois, j’ai cru que j’avais vécu 25 ans dans le mensonge. Francis était mon meilleur camarade comme Rick. Nous ne faisions qu’un. Ce serait extraordinaire de se retrouver et de sauver notre amitié. Alors, nous pourrions dire : O.K, il y a eu des différents entre nous mais maintenant, c’est O.K.

 

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