INTERVIEW BOB YOUNG

 

Traduction par Philippe Duponteil  

Auteur-compositeur d'un grand nombre de tubes de Status Quo dont il fut le tour manager de 1971 à 1980, Bob Young a accepté de répondre aux questions des fans allemands du groupe sur sa période avec le Quo, ses liens avec Francis Rossi et les différents projets auxquels il collabore depuis lors. L'original de l'interview a été publié sur le site http://www.quoticker.de/

1. Quels sont vos sentiments à l'égard de Bernie Frost, et le succès que Francis Rossi a eu avec lui ? Et quelle est l'opinion de Francis sur les raisons pour lesquelles il a laissé tomber Bernie pour recommencer à écrire avec vous?

Francis et Bernie ont écrit d'excellentes chansons ensemble. Nos styles d'écriture sont très différents cependant, ce qui se reflète par exemple dans un grand nombre des chansons que chacun de nous avons écrites avec Francis, par exemple « Down Down » et « Marguerita Time ». Ils n'avaient pas écrit ensemble pendant un certain temps et j'ai été agréablement surpris et, évidemment, heureux, quand j'ai reçu le coup de fil de Francis me proposant de nous rencontrer et de voir ce que ça donnerait. J'ai toujours espéré que nous nous retrouverions d'une façon ou d'une autre. Peut-être que certaines choses sont prédestinées et l'écriture ne constitue, comme cela a toujours été le cas, qu'une petite partie de notre relations.

2. Gerdundula – qu'est ce qui vous a poussé, Francis et vous, à vous faire appeler « Manston et James » dans les crédits de cette chanson ? Pourquoi ces deux noms - vous les avez pris par hasard dans l'annuaire téléphonique ?

Les noms, si je me rappelle bien, sont sortis comme ça, juste comme certains mots ou paroles de chanson. Je ne me souviens pas vraiment pourquoi nous avons décidé d'utiliser des pseudonymes. La chanson a surmonté l'épreuve du temps et a été un succès pour le groupe. Je suis heureux de voir qu'elle est maintenant devenue un pilier des concerts du groupe et possède un super potentiel pour créer une bonne atmosphère. Je me demande aussi parfois ce que sont devenus les véritables Gerd et Ula...

3. Rhino a écrit de superbes chansons récemment pour le Quo, par exemple « Creepin ' Up » et « Bellavista Man » avec Rick. 9a serait intéressant de voir ce que donnerait une collaboration entre vous et Rhino – est ce que vous avez déjà eu envie d'écrire avec lui ?

Oui, ça pourrait être intéressant d'écrire quelque chose avec Rhino. Deux personnes n'écrivent jamais la même chose ensemble donc ça pourrait former une combinaison intéressante. Alors qui sait… ?

Pour le morceau « Heavy Traffic » Francis et moi avions déjà écrit et enregistré une maquette de cette chanson avant que Rhino ne propose certaines nouvelles idées sur lesquelles nous avons travaillé avec lui et qui ont conduit à la version finale de cette chanson. La maquette originale est assez différente par plusieurs aspects. Peut-être un jour sortirons-nous un album avec des enregistrements de maquettes.

4. Estimez-vous que la rupture de votre partenariat avec Francis Rossi et le Quo après l'album « Just Supposin ' » s'est traduite par le fait que Status Quo est devenu plus orienté pop qu'il ne le serait devenu si vous étiez resté avec le groupe, notamment en continuant d'écrire avec Rossi ? Quel regard portez vous sur la direction qu'a pris le groupe à partir de la moitié des années 80 et comment expliquer que l'étincelle magique est revenue immédiatement pour l'album « Heavy Traffic »?

Je pense que tous ceux qui ont lu l'autobiographie de Francis et Rick « Excess All Areas » savent maintenant que les différents changements dans la musique, dans la composition du groupe, et dans leur entourage sont le résultat de l'accumulation et d'une combinaison de facteurs complexes qui sont apparus autour de la fin des années 1970 et du début des années 1980 et qui ont donné en fait le ton pour la décennie suivante et au delà. Mon opinion est que le milieu des années 1980 a vue le début d'une décennie de turbulences et de désillusions et beaucoup ont alors prédit (une nouvelle fois) la fin du Quo au cours de cette période. Beaucoup suggèrent maintenant que l' « étincelle magique », puisque vous l'avez baptisée ainsi, est enfin revenue avec l'album « Heavy Traffic ». Je pense que la plupart seront d'accord que ça a marqué un autre tournant pour le groupe et a constitué la preuve positive (encore une fois) que Status Quo était loin d'être fini. Comme le dit la pochette, le fête est loin d'être finie (et même très loin)! Mais c'est impossible de ramener cela à une seule cause. Je pense que, comme ce fut le cas durant les 35 années qui ont précédé cette période, ils avaient le dos au mur et c'était le moment de montrer aux cyniques qu'ils avaient tort encore une fois. Le basculement a encore une fois opéré à fond. Avec un nouveaux manager, Simon Porter, qui connaissait le groupe mieux que personne, ayant travaillé avec eux comme responsable des relations publiques pendant 20 ans (avant le décès de David Walker en 2000), avec leur agent Neil Warnock, qui a continué à croire en eux comme il le fait depuis plus de 25 ans, une équipe en tournée dont le noyau dur est avec eux depuis les années 1980 et le début des années 1990 et, surtout, une série de nouvelles chansons écrites non seulement par Francis mais également par Rick, Andy et Rhino qui ont tous travaillé si bien ensemble, tous est devenu très positif. Chaque chanson enregistrée a fait de « Heavy Traffic » un album qui pourrait, si le groupe le voulait, être joué en intégralité en concert et qui fonctionne bien sur scène comme le font les morceaux de la plupart de leurs disques des années 1970.

 

5. Quel est votre sentiment concernant l'écriture avec Francis Rossi ces deux dernières années ? Souhaitez-vous continuer à écrire des morceaux bluesy plus typiques du Quo ou êtes-vous satisfait de chansons comme « All That Count Is Love » ?

C'est satisfaisant de savoir que nous pouvons encore écrire des chansons somme toute plutôt bonnes, d'une manière confortable et émotionnellement enrichissante. Au cours des cinq dernières années, je pense qu'on a écrit et enregistré les maquettes d'environ 35 nouvelles chansons et on en a environ une vingtaine sur lesquelles nous travaillons actuellement. Elles sont de style très varié, ça va du rock au blues en passant par la country et les ballades. Celles qui sont bien adaptées pour le Quo se détacheront naturellement du lot, et le reste sera plutôt pour un album solo de Francis, pour des reprises enregistrées par d'autres artistes ou bien pour des BOF.

6. Je souhaiterai connaître votre point de vue sur la fin du partenariat Rossi/Young dans les compositions. Dans « Excess All Areas », Francis fait mention de fractures qui n'auraient en fait jamais existé réellement, et des années plus tard vous avez découvert que toutes ces rumeurs avaient été montées de toute pièces, conduisant à votre éloignement réciproque.

Quand nous nous sommes revus à nouveau il y a 5 ou 6 ans après une longue période de séparation où nous n'avions pas composé ensemble, tout s'est mis en place simplement et je pense que ça vient du fait que nous n'avions aucune pression ou obligation de résultat. Et quand on a réalisé au fil de nos discussions que la majeure partie de ce qui s'était passé entre nous avait en fait été monté pour servir les intérêts d'une ou deux personne dans l'équipe, on a pu régler cela entre nous très rapidement et les nouvelles chansons ont suivi naturellement. On a vite Réalisé qu'au-delà de tout ce qui s'était passé, notre amitié était encore là, intacte et que c'était la chose qui comptait le plus. On avait évidemment perdu pas mal de temps toutes ces années mais c'était le moment de tourner la page. Il n'y a pas de rancœur ou de haine par rapport aux évènements du passé. Le côté positif des choses l'emporte facilement sur le reste et ce qui compte vraiment, c'est que tout est arrangé maintenant.

7. Qui vous a inspiré pour commencer à écrire et quels artistes/groupes ou bien poètes/auteurs vous ont influencé ?

Dans ma ville natale de Basingstoke au début des années '60, il y avait régulièrement des soirées dansantes à l'école de filles du coin et tous les nouveaux artistes américains et britanniques à la mode venaient y jouer. J'avais 15 ans et j'attendais avec impatience de bien m'habiller pour y aller et pouvoir essayer ma technique pour draguer les jeunes filles. Le problème c'est que c'était toujours les gars les plus forts qui raflaient la mise et faisaient mieux que moi.

Le premier artiste qui m'a laissé une impression durable était le vieux chanteur de blues/harmonica américain Sonny Boy Williamson. Il est venu jouer en 1963 avec son groupe britannique qui s'appelait le John Mayall's Bluesbreaker. On trouvait dans ce groupe le très jeune Eric Clapton à la guitare (avec Mick Fleetwood à la batterie et John Mc Vie à la basse, qui tous les deux formèrent ensuite Fleetwood Mac). Sonny Boy jouait de l'harmonica, chantait le blues et buvait une bouteille de Jack Daniels et à partir de là, le blues est devenu une de mes premières amours (rapidement suivie par une voisine bien plus âgée que moi). Cette musique, ainsi que celle de l'étonnant nouveau chanteur folk Bob Dylan, au style et aux compositions uniques, m'ont complètement séduit et avec les poèmes de Dylan Thomas en poche, m'ont beaucoup inspiré, enthousiasmé, et appris énormément (sans oublier la jeune femme beaucoup plus âgée que moi…)

 

8. Quand et pourquoi avez-vous appris à jouer de l'harmonica et jouez vous d'autres instruments ?

J'ai commencé à jouer de l'harmonica quand j'avais environ 14 ans. Ma première véritable influence musicale était mon oncle Cliff, quelques années plus tôt, qui jouait de la guitare et chantait dans un groupe folklorique chaque samedi dans le pub local de Basingstoke. Mes parents m'emmenaient avec eux et me faisaient asseoir dans un coin avec une limonade pour l'écouter. Je pense que j'avais environ 8 ou 9 ans. J'adorai ça et quand j'ai eu ma première guitare plus tard, j'ai su que c'était la musique qui me plaisait. Je joue toujours aussi mal de la guitare qu'à cette époque d'ailleurs. Quand j'avais 14 ans, j'ai passé une audition pour jouer dans un groupe mais on m'a dit que j'étais trop jeune et je n'ai pas été engagé (je pense qu'ils ont dit ça pour me faire plaisir car j'étais vraiment très mauvais…). J'ai continué en jouant dans un groupe du coin, qui s'appelait « The Crack », et aussi dans un duo de folk/blues avec mon copain Giddy Goddard. On avait un club de Folk & Blues qui marchait assez bien jusqu'à ce que, à l'age de 21 ans, je parte de chez moi après avoir croisé la route du Quo. Le reste, comme le dit la formule consacrée, appartient à l'histoire (ou à la légende mystérieuse…)

9. Quand vous écrivez avec Francis, qui écrit les paroles et qui compose la musique ? Est-ce un mélange ?

C'un mélange des deux. Nous avons une manière d'écrire qui fonctionne bien entre nous et qui n'a pas vraiment changé depuis presque 40 ans. On est simplement là, à discuter d'un peu tout, on regarde la télé ensemble sans rien faire de spécial. Francis à toujours une guitare posé sur ses genoux. Il gratouille et je fredonne… On sent quand on commence réellement à composer une chanson et c'est super quand on a quelque chose qui commence à prendre réellement corps. Francis a vraiment d'excellentes idées et trouve toujours de super séries d'accords. On a toujours enregistré les idées de base sur un simple magnéto à cassettes, qui a bien vécu, et on voit ensuite quand on a suffisamment dégrossi le travail pour emporter ça en studio et réaliser une maquette qui tienne la route. Celles que nous avons mises en boîte ces dernières années sont je pense assez spéciales. Une ou deux notamment auraient pu être enregistrées il y a 35 ans pour l'album « Ma Kelly ». On est content de la plupart des nouvelles chansons et il y en a encore plein à l'état de simple ébauche.

 

10. Y a-t-il des bandes de vous en train de chanter des chansons du Quo à l'état de maquette ?

Vous serez probablement soulagé de savoir que je ne chante sur aucune d'entre elles bien qu'on entende un certain harmonica sur deux ou trois morceaux.

 

11. Qu'en est-il du projet d'un album de Francis et Bob ?

Nous continuons à écrire et à enregistrer des chansons à chaque fois que c'est possible. Certaines sont des chansons sous forme de maquettes et d'autres titres sont des bandes masters pour l'album solo de Francis. Il y a déjà plusieurs morceaux dont nous savons déjà qu'ils figureront sur l'album solo de Francis. Mais en raison du programme très chargé du Quo dans les prochains 18 mois, ça sortira probablement en 2007. Je sais qu'il souhaite également produire un ou deux autres artistes avant que le groupe ne reprenne la route cette année, donc comme vous pouvez le constater, la première moitié de 2006 sera malgré tout chargée pour lui.

 

12. Qui a eu l'idée de changer la direction musicale du pop aux blues ?

À Butlin's, Quo était finalement à la base un groupe de rock'n'roll et le côté pop est arrivé quand les maisons de disques et les maisons d'édition s'en sont mêlé et que c'est devenu important d'avoir un tube. Alors ils ont enregistré toute sortes de chansons jusqu'à ce que, heureusement, Francis écrive « Pictures of Matchstick Men » qui leur a apporté la reconnaissance que tout le monde autour d'eux attendait avec impatience. Ça leur a aussi apporté une image et un style dont il a été difficile de se débarrasser ensuite quand les choses ont évolué de mal en pire. La musique a évolué quand les choses semblaient avoir atteint un stade critique et le groupe n'avait plus rien à perdre à jouer le type de musique qui leur plaisait vraiment et non plus ce qu'on leur disait de jouer, et c'est ainsi que, à la stupéfaction horrifiée de Pye Records, l'album « Ma Kelly's Greasy Spoon » a vu le jour, enregistré et sorti en 1970. C'était leur dernier album pour le label. Mais au moins ils avaient enregistré un album de chansons qui les propulsait dans la direction qui allait rester la leur pour les 35 années à venir. Cela a pu coïncider avec mon apport en terme de composition au groupe mais c'est un fait qu'à cette époque on avait une confiance aveugle dans nos chansons et la direction que le groupe devait suivre.

 

13. Pouvez-vous nous en dire plus sur la maquette de « Down Down » enregistrée dans un hôtel ? Qui parle au milieu de la chanson « Paradise flats » sur le premier album ?

J'ai en effet une bande de Francis et moi en train de composer ce morceau au Travel Lodge Motel de Hollywood lors de notre première tournée américaine, même si je pense me souvenir en fait qu'on l'avait commencé une ou deux semaines auparavant en Grande-Bretagne. Là encore, c'est un autre morceau d'histoire qui, j'espère, verra le jour sur un CD de collection à l'avenir.

Je viens de vérifier sur le premier album et c'est Rick qui chante les paroles sur « Paradise Flats » et c'est moi qui parle au milieu de la chanson, bien que je n'en aie aucun souvenir !

14. Quand remonterez-vous sur scène avec Status Quo?  

Il n'y a aucun projet pour que je rejoue sur scène avec le groupe. Mais qui sait, peut être un jour, peut être, ils me laisseront faire une apparition éclair sur « Roadhouse Blues ». Avant que je ne devienne trop vieux. Je dois quand même dire qu'Andy joue remarquablement de l'harmonica (et de la basse, de la guitare, des claviers, et il compose, et il chante, l'enfoiré….) et c'est l'un des meilleurs apports qu'il y ait eu au Quo.

15. Comment avez-vous rencontré Micky Moody ?

Micky jouait dans un excellent groupe du nom de SNAFU (les initiales renvoient à un vieux dicton de la guerre - La Situation Est Normale Mais C'est Le Bordel). Ils ont ouvert pour Quo sur une poignée de dates dans les années 70 et Micky et moi avons alors bien accroché et on est resté en contact après la tournée. Ensuite, il a formé Whitesnake avec David Coverdale et il a tourné avec le groupe pendant plusieurs années, co-écrivant un grand nombre de leurs chansons. C'est un grand guitariste et je suis très heureux que nous soyons restés des amis pendant plus de 30 ans et qu'on ait écrit beaucoup de chansons et enregistré deux albums de country/blues en chemin. J'aime penser qu'un jour nous pourrions enregistrer un nouvel album « Young and Moody ». Ça ne fait que 30 ans depuis le précédent ! En 1985, nous avons écrit un livre idiot qui s'appelait 'Le langage du rock'n'roll et cette année nous sortons ‘Le NOUVEAU langage du rock'n'roll, un version mise à jour sur laquelle on travaille et qui sera encore plus stupide que l'originale.

16. Outre l'écriture de chansons avec Francis, que faites-vous d'autre en ce moment ?

Ces dernières années ont été incroyablement occupés, notamment deux-trois années à manager et tourner avec l'ancien leader des Verve, Richard Ashcroft. J'ai également passé la plus grande partie de 2004 à organiser un concert très réussi à Wembley Arena (The Strat Pack) pour célébrer les 50 ans de la guitare Stratocaster, et soutenir l'association caritative Nordoff-Robbins (www.nordoff-robbins.org.uk). Comme toujours, je travaille actuellement à plusieurs (et probablement bien trop) de projets en parallèle. Cela comprend le management d'un jeune groupe irlandais appelé 'LEYA '. Ils commencent à très bien marcher et vous pouvez aller voir leur site web www.leya.info

Je suis également consultant pour deux amis à Liverpool qui possèdent le légendaire club « The Cavern » (où les Beatles ont commencé) et pour d'autres entreprises de ce type. En janvier 2007, c'est le 50 ème anniversaire du club et je les aide à mettre sur pied les célébrations, dont un documentaire TV, un livre et un album ainsi qu'une série de concerts d'artistes et groupes célèbres qui viendraient jouer à « The Cavern », les concerts seraient filmés et retransmis via le web dans le monde entier. Je travaille aussi depuis un moment sur un épais livre genre livre d'art rassemblant 40 ans de souvenir sur Status Quo. Ce sera rempli de superbes photos, documents d'archives et bien plus et sortira courant 2006. Vous saurez tout très bientôt… * *

Philippe Duponteil est co-auteur de « Status Quo : La Route sans fin  », première biographie en français sur le groupe Status Quo (par Ph. Duponteil & Ph. Robin, éditions Camion Blanc, 450 pages, 28 euros). Il collabore actuellement à un projet de livre d'archives et de souvenirs sur Status Quo avec Bob Young (parution courant 2006).

 

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