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Alan Lancaster

 

Fondateur du groupe avec Francis Rossi, en 1962, Alan Lancaster est le bassiste du groupe et certainement le plus ‘rocker’ des quatre membres qui composent la formation. En 1969, il propose à Rossi, Coghlan, Parfitt et Lynes de jouer du rock musclé typé boogie. Les deux guitaristes, peu enclins à cette époque, de se ‘heavyser’ façon Lancaster, pensent abandonner leurs bassistes et batteurs afin de fonder un groupe avec Kenny Jones, alors batteur des Small Faces. ‘Nous avions eu un accrochage avec Alan Lancaster et avons parlé avec notre management de son renvoi. Il était chiant car il fallait toujours faire comme lui le voulait. " confie Rick au magazine Mojo en 2001. A peine sorti d’un anonymat récurent les dénommés Status Quo risquent d’éclater. Il s’agit là du premier conflit entre Lancaster et le duo Parfitt-Rossi, désaccords qui iront crescendo au fil des ans.

 

 

 

Alan Lancaster (le deuxième à gauche) avec le groupe en 1968

Pourtant, dès 1970, le groupe entier adopte le boogie-rock en douze mesures qui fera sa popularité. Alan est alors le bassiste approprié à ce style de musique et devient un membre influent du combo en participant assidûment à l’écriture des titres (2 sur ‘Piledriver’, 3 sur ‘Hello’, 6 sur ‘Quo’, 2 sur ‘On the level’ et 4 sur ‘Blue for you’). Cette équité dans l’élaboration des albums semblent dégager une unité et une solidarité uniques. Pourtant, dès 1975 et l’album ‘On the level’, quelques mouvements et paroles d’humeurs voient le jour. ‘‘On the level’ est l’album que j’aime le moins’ déclare Alan dans le Best de décembre 1975 et dans le Rock’n’folk de mars 1975, Rossi déclare ‘Ils savent trop qui est le boss, ici’, paroles auxquelles Lancaster répond de la manière suivante : " Le boss, c’est moi, mais ne l’imprimez pas, Rossi en ferait une jaunisse. " Plaisanterie ou réalité grandissante de conflits d’égo, difficile de prendre part pour telle ou telle hypothèse mais ce qui est sûr c’est qu’Alan est de plus en plus perturbé par le statut de leader que les fans et la presse donnent à Francis. D’une impulsivité incontrôlable, Lancaster est à l’origine de la rébellion de l’aéroport de Vienne en 1976. Il écopera de 2.000 £ d’amende soit le double de celles attribuées à Rossi et Parfitt. Fait anecdotique révélé par le manager de l’époque, Colin Johnson, une bagarre éclata, un jour, entre Lancaster et Parfitt pour une sombre histoire de vitesse d’avion dans lequel ils se trouvaient. Puis, petit à petit, des tensions concernant les morceaux à publier sur les albums voient le jour, chacun voulant imposer ses titres pour des raisons de droits d’auteur. Mais, c’est en 1977 que s’entame la rupture entre Alan et Francis et Rick. Nous allons suivre ensemble cette longue descente aux enfers qui aboutira par la séparation en 1985.

 

 

Alan et Francis, au temps de l’unité (1972)

Mais revenons à 1977 où Quo pense à publier son 11ième album. Le groupe veut encore améliorer le son et seuls Rick et Francis rencontrent Pip Williams qui accepte de produire le groupe. Le 26 novembre voit la sortie de ‘Rocking all over the world’. Il n’est pas du goût d’Alan qui ne se prive pas de le démonter ainsi que Pip Williams, le nouveau producteur qu’il accuse de travailler uniquement avec Francis sans se soucier de l’avis des autres. Lors d’une interview donné en 1997, il déclare : " Lors de l’enregistrement de ‘Rocking all over the world’, ma femme était présente et faisait tous les jours, la cuisine pour le groupe entier et il n’y a même pas eu un mot de remerciement sur la pochette. " Ces paroles, bien que tardives démontrent l’état d’esprit d’Alan pendant cette période, où, pour couronner le tout, il émigre (à mi-temps) en Australie. Inutile de préciser que cet éloignement de l’Angleterre a des répercussions sur la participation du bassiste à la promotion du groupe.

Ceci se traduit, le 19 novembre 1977, lorsque Status Quo interprète le single ‘Rocking all over the world’ à Top of the Pops sans lui. Pour le remplacer, un subterfuge est trouvé en la personne d’une marionnette à son effigie manipulée par Colin Johnson. La raison de cette absence est expliquée par le fait qu’Alan est effectivement en Australie et prépare son mariage. A partir de cette période, Lancaster se préoccupe peu de la vie du groupe et compose en solitaire. Il ne participe plus qu’aux tournées et aux enregistrements et dès ces tâches terminées, il retourne en Australie où il part vivre définitivement en septembre 1979. ‘Il est parti comme une éclair. Ca n’a pas rendu la vie facile au sein du groupe. Ca a été probablement le début de la fin." affirme Parfitt au magazine Mojo, en 2001. La version de Lancaster est quelque peu différente et il déclare au même magazine : ‘Ce temps d’arrêt est insignifiant. J’étais toujours concerné par les enregistrements, les tournées, les promotions. Non, en fait, le fait que je sois parti en Australie a eu pour effet que la viande qui se trouvait entre les tranches du sandwich Rossi-Parfitt n’était plus là et leur relation allait de plus en plus mal. Alors, je servais de bouc émissaire. " Plus tard, Rick et Francis confirmeront que leur relation, à cette époque, n’était pas au beau fixe mais que c’était pire avec Lancaster. Néanmoins, Alan se déclare satisfait des sessions de ‘Whatever you want’. Cependant, il est très affecté lorsque Vertigo refuse de faire paraître sur l’album le titre ‘Bad Company’, qu’il a composé. Il se sent alors relégué au second plan par le management et la maison de disques du groupe. Mais, en 1980, il n’accompagne pas Rossi et Parfitt aux Etats-Unis pour négocier le nouveau contrat de distribution d’albums avec Riva Records.

Le groupe connu même deux véritables "Waterloo". A la fin des années 70, après un concert loupé à Ulm, Alan et Francis en sont même venu aux mains dans les loges se battant à coup de chaises.

Quelques années plus tard, à Stockholm, c'est carrément sur scène que Francis donna un coup de poing à Alan en pleine figure, le groupe se faisant hué par les fans.

De plus, les enregistrements conjoints de ‘Just supposin’ et ‘Never too late’ se déroulent dans des conditions d’entente exécrable, l’ingénieur du son, John Eden, ayant beaucoup de difficultés à canaliser les esprits, les désaccords et dissensions voyant jour très rapidement. Lancaster affirme alors que ‘Never too late’ est en fait constitué de titres que Rossi et Parfitt avaient écrit pensant les publier en solo mais rejetés par Phonogram. Il regrette l’époque des ‘Dog of two head’, ‘Piledriver’ et autres ‘Hello’ et ‘Quo’.

Pendant la tournée concomitante, il se distingue à Rome en saisissant sa basse et en frappant un photographe situé devant la scène alors que le groupe est pris à parti par un groupe violent présent dans la salle.

Alan lors du ‘Never too late’ tour (1981)

 

En 1982, le départ de Coghlan isole encore un peu plus Alan, bien qu’il complotait avec le management du groupe pour le faire partir. Les titres qu’il compose sont difficilement admis par Rick et Francis. Ces deux derniers lui reprochent, de plus en plus fréquemment, son manque de participation à la promotion du groupe et sentent que le succès de Status Quo repose sur leurs seules épaules ce à quoi Alan répond en prétextant son éloignement géographique. Status Quo fête son 20ième anniversaire d’une manière laborieuse, le groupe semble fatigué et sans âme et son jeu scénique est moins percutant.

En 1983, Status Quo se retrouve à Montserrat pour enregistrer le futur album. Espérant se ressourcer et se retrouver, le groupe entier est heureux de travailler dans ce lieu paradisiaque. De travail, il n’existe que le mot car peu de morceaux sont mis en boîte lorsque Status Quo rentre en Angleterre et devant la colère de Vertigo, les cinq rockers se voient dans l’obligation de besogner d’arrache-pied pour livrer le 33 tours dans les temps. Alan ne participe pas au mixage accusant par la suite Francis de l’avoir réalisé seul et la maison de disques préfère publier ‘Ol Rag Blue’ avec Rossi au chant plutôt que la version chantée par Lancaster. Premier désaccord, le second intervient lorsque Francis veut enregistrer le titre ‘Marguerita times’. Alan s’y oppose en déclarant ‘Hé, je suis un rocker ! Je ne vais pas jouer cette merde ! ". Pourtant, contre son gré, il s’y résout et repart en Australie en indiquant aux autres qu’il ne pourra pas participer à la promotion du groupe, en fin d’année, sa femme Dayle devant donner naissance à leur fils, David. Il met en garde le management de Quo lorsqu’il déclare qu’il interdit toute promotion sans lui.

En octobre, alors que Mme Lancaster est sur le point d’ accoucher à l’hôpital de Sidney, Alan reçoit un appel téléphonique du groupe lui demandant de revenir rapidement en Angleterre, la formation étant sur le point de tourner le clip de ‘A mess of blues’. Bien évidemment, le bassiste refuse catégoriquement. ‘Ils savaient depuis six mois que j’étais très anxieux pour Dayle et que je voulais être à ses côté pour la naissance de David. Et bien ils ont, quand même, entrepris de tourner la vidéo sans moi et l’ont montré. Ils ont ruiné ce qui aurait dû être un des plus beaux jours de ma vie’ déclare t-il à la presse anglaise en Mars 1984.

Le clip vidéo de ‘Marguerita time’ est également tourné sans lui et Status Quo interprète ce titre, à Top of the Pops, en décembre avec le bassiste de Slade, Jimmy Lea, en lieu et place d’Alan. S’en est trop et Alan contacte son avocat afin que ce dernier prenne toutes les dispositions pour faire arrêter le groupe de tourner sans lui. Une injonction est rapidement prononcée et Status Quo se voit dans l’obligation d’annuler les divers projets promotionnels, Lancaster ayant des droits sur le nom. ‘J’ai demandé à mon avocat d’être très ferme avec la maison de disques et de leur faire savoir que je défendais aux autres d’apparaître sans moi. Ils ne peuvent plus dorénavant se produire sans moi à moins que je leur donne la permission, c’est aussi simple que çà. S’ils recommencent, je casserais le groupe car, il est évident que nous ne pourrions plus avoir confiance les uns envers les autres. Mais, je ne pense pas que çà arrivera encore. Cependant, je ne pense pas que ce soit les autres membres du groupe qui sont à blâmer c’est plutôt notre management. Nous étions biens ensemble, des vrais copains, vécus des vrais rigolades mais depuis un certain temps, toute cette magie a disparue. Cependant, en dépit de tout çà, je ne désire pas quitter le groupe dans lequel j’ai tant investi depuis des années. Status Quo, c’est Rick, Francis et moi et si l’un de nous trois partait alors le groupe cesserait d’exister. ". Ces propos d’Alan recueilli par la presse anglaise en Mars 1984 mettent au grand jour la dissension qui existe au sein du groupe.

Fatigués les uns des autres, Status Quo annonce la tournée ‘End of the Road’ qui semble un véritable fardeau pour le groupe. Alan et Francis ne s’adressent plus la parole et s’évitent soigneusement sur scène. Les cinq musiciens voyagent dans des voitures différentes, fait marquant d’une amitié disparue. En Mai 1984, Alan confie à un magazine suédois qu’il produira, en solo, un style ‘heavy’ éloigné du style de Rossi qui produira une musique semblable au dernier simple du groupe, ‘Marguerita time’. Il affiche, ici, publiquement ses différences musicales avec Francis et déclare que Quo perdra toute crédibilité s’il persiste dans cette voie. Quelques jours après, il confie à hard-rock magazine que les membres du groupe s’entendent bien socialement mais qu’il ne faut discuter ni musique ni business. Le 21 juillet, le groupe donne le dernier concert de la tournée au Milton Keynes Bowl. En septembre, la formation se retrouve pour mixer la vidéo de ‘End of the road et enchaîne sur le tournage du clip du single ‘The wanderer’. Lancaster retrace ces moments lors d’une interview donnée en septembre 1994. ‘Le 18 septembre, nous nous sommes retrouvés au studio de Woldingham pour mixer le son de la vidéo ‘End of the road’. Nous avons alors beaucoup discuté et pris un certain nombre de décisions. Ce fût très positif. Nous étions de nouveau bien ensemble et avons bien travaillé. Le 16 octobre, nous avons enregistré le clip ‘The wanderer’ et participé au Top of the Pops du 24 octobre. Pendant ce temps, nous avons même commencé à travailler sur le futur album qui, malheureusement, ne verra jamais le jour ".

 

‘End of the road’ tour (1984)

‘Après le ‘End of the road’ tour, je voulais arrêter, principalement, à cause d’Alan Lancaster. Si nous faisions un concert ou un album qu’il n’aimait pas, il n’aurait pas arrêté. C’était très torturant et s’apparentait à du masochisme pour lui. De plus, il pensait toujours que nous conspirions contre lui. Je ne pouvais plus supporter çà " relate Rossi dans le magazine Mojo (2001).

En 1985, alors que Rick, Francis et Alan préparent leur album solo, Bob Geldof fait appel à Status Quo pour faire l’ouverture du Live Aid, le 13 juillet. Alan est enthousiaste à cette idée et semble, encore une fois, se heurter à Francis qui est réticent à l’idée de se produire à nouveau sur scène. A cette époque, Lancaster habite, quelques temps, chez Parfitt afin de soutenir ce dernier qui est en pleine dépression. Les deux compères jouent avec John Coghlan, le 9 juillet au Marquee Club de Londres. Après quelques hésitations, Status Quo fait l’ouverture du Live Aid au stade de Wembley. Cependant, il est facile de constater, lors des trois morceaux interprétés, que Francis et Alan n’ont vraiment plus rien en commun. A aucun moment, leur regard ne se croise et le bassiste semble bien à l’écart des deux guitaristes.

 

 

13 juillet 1985, Live Aid , dernière apparition

d’Alan au sein de Status Quo

Cependant et malgré le désaccord qui le sépare d’avec Francis, Alan propose aux autres membres du groupe d’émigrer en Australie prétextant le ‘confort’ fiscal de ce pays. Il met en avant la situation financière du groupe, proche de la banqueroute et affirme que Status Quo devrait enregistrer son futur album dans un studio australien bon marché et sans producteur.

Il essuie alors un refus catégorique de la part des deux guitaristes ce qui le rend acariâtre.

Alan repart seul en Australie et entretient avec Rick une correspondance assidue alors que les deux compères pensent, un moment, créer un nouveau groupe car, pour eux, Status Quo semble bel et bien mort. Rick est persuadé que Francis veut entreprendre une carrière solo. Cependant, au mois de septembre, Rossi et Parfitt se contactent afin de mettre sur pied le retour de Status Quo mais Francis est clair. Il ne veut plus de Lancaster dans le groupe. Rick, tiraillé entre le désir de travailler avec Francis et l’amitié qu’il porte à Alan, n’ose pas à avouer à ce dernier que lui et Rossi ont pour projet de faire renaître Status Quo avec une nouvelle section rythmique. Quatre titres sont enregistrés et soumis à Phonogram. La nouvelle de répand rapidement jusqu’en Australie et Lancaster saisit immédiatement la justice pour utilisation frauduleuse du nom. L’ appellation ‘Status Quo’ appartient, à parts égales, à Francis, Rick et Alan et le bassiste compte bien faire valoir ses droits ! Le procès qui s’ouvre, fin 1985, à la Cour de Londres est effectué dans une ambiance détestable. Tous les désaccords sur les titres, les tournées et les projets sont mis à jour et Lancaster semble d’une agressivité intolérable en ne se privant pas de gratifier ses ex-potes des plus sévères insultes. ‘Je ne veux pas de mauvais sentiments entre nous, mais je vous avais prévenu. Vous saviez ce que j’allais faire si vous recommenciez et bien, voilà je suis en train de le faire.’ avoue pourtant Lancaster à Rossi et Parfitt au début du procès. ‘Il pensait gagner, voilà pourquoi, il ne voulait pas de mauvais sentiments entre nous. Mais il a perdu et il est devenu agressif’ déclare Rossi. En effet, malheureusement pour lui, les avocats de Phonogram veulent que Status Quo renaisse avec Rossi et Parfitt et militent en faveur d’une exclusion d’Alan. Ils déclarent également que l’injonction ne profitera à personne, ni à Rossi, ni à Parfitt et ni à Lancaster et que si elle était prononcée, elle provoquerait la fin certaine du groupe. La compagnie de disques offre, alors, à Lancaster la résiliation de son contrat et la libération de tous ses engagements avec Status Quo sans poursuite, ni indemnités ce que, bien sûr, le bassiste de Quo refuse catégoriquement. En mars 1986, le tribunal londonien permet aux deux guitaristes de travailler à nouveau sous le nom Status Quo, sans Lancaster. Néanmoins, cette permission n’est que temporaire et la Cour entreprend de trouver un terrain d’entente avec le bassiste déchu. Finalement, Alan donne son accord pour vendre à Francis et Rick ses droits sur le nom mais n’abandonne ‘officiellement’ Status Quo qu’en janvier 1987 alors qu’il rejoint le groupe australien, The Party Boys. A l’annonce du jugement, les réactions des deux guitaristes sont, évidemment, joyeuses. ‘Status Quo a été préservé’ déclare Parfitt alors que Rossi affirme ‘C’est la décision la plus censée. Ca nous donne un nouvel enthousiasme. Nous n’allons pas attendre pour notre retour et nous pouvons promettre que la Quo Army ne sera pas désappointée. "

Alan ne sera pas tendre avec son successeur, critiquant son jeu trop ‘léger’ et mentionnera la voie du succès dès 1986 en jouant une musique plus ‘pop’, celle que voulait Rossi, celle que rejetait Lancaster. Néanmoins, le départ ou renvoi, selon certains, de Lancaster marque la fin d’une époque de Status Quo et certains fans abandonneront le groupe. Rhino est conscient de ce fait lorsqu’il déclare, lors d’une interview : ‘J’ai été mal accueilli par une partie des fans du groupe. Cependant, je pense que peu importe le remplaçant d’Alan, il aurait été mal accueilli car pour beaucoup de fans du groupe, il était essentiel. C’est vrai que c’est un bassiste exceptionnel ".

Malheureusement, depuis 1986, Alan et Francis s’épinglent par presse interposée.

" Le Live Aid fut le déclic, je me suis rendu compte à quel point me manquaient les concerts. Mais il y avait trop de problèmes internes pour pouvoir penser à une éventuelle tournée. Notre bassiste Alan Lancaster ne voulant rien savoir nous traîna même devant les tribunaux. D'un côté il ne voulait plus tourner avec nous, et de l'autre il ne voulait pas que nous tournions sans lui. Mais les premières dates étaient déjà prévues. Le tribunal a quand même reconnu que Rick et moi formions l'essentiel de Status Quo et trancha logiquement en notre faveur. " déclare Francis au magazine allemand Metal Hammer en 1986.

" Ces six ou sept dernières années nous n'éprouvions plus aucun plaisir à jouer sur scène, c'était devenu une vraie corvée et par la même occasion une tromperie envers tous nos fans, du moins c'est comme ça que je le ressentais. Il y avait là, sur scène, cinq types qui se trouvaient à vomir l'un l'autre, donc pas étonnant que chaque tournée était un véritable calvaire. " renchérit t-il dans le magazine ‘Bravo’, toujours en 1986.

Rick, de son côté, est plus mitigé en déclarant au magazine ‘Metal Star’ : Un jour je parlerai certainement de nouveau à Alan, j'ai entendu qu'il avait formé un nouveau groupe en Australie les "Party Boys", (Rick d'un ton un peu moqueur)"sounds very gay, doesn't it". Je leur souhaite beaucoup de succès et qui sait, un jour on fera leur peut-être leur 1ère partie. " Il réaffirme un certain attachement à Alan en mentionnant, à un journal suédois, en 1986, que l’attitude de Lancaster n’est pas la cause principale du split de 1984 mais que tous les membres du groupe étaient usés et qu’il faut chercher là, la vraie cause de ce coup d’arrêt. Néanmoins, le bassiste et le guitariste mettront deux bonnes années avant de se parler à nouveau.

‘Le Status Quo du ‘End of the road’ est mort. Celui d’aujourd’hui est tout autre. A cette époque, les relations avec Alan Lancaster devenaient exécrables et çà allait de pire en pire. C’est là, la vraie raison qui nous a fait arrêter de tourner, pas l’âge ou je ne sais quoi : on ne pouvait plus s’encadrer ! Mais on pensait continuer à enregistrer ensemble. En fait, il est vite apparu qu’on ne se supportait pas plus en studio qu’en tournée, ce qui est parfaitement logique’ avoue Rossi au magazine Enfer de mars 1987. Pourtant, en 1993, des rumeurs persistantes de reformation du line-up originel voient le jour. Sans suite ! En lisant l’interview de Lancaster sur ce site, il est facile de constater qu’il en veut toujours à Rossi et qu’une reformation est quasi-impossible ce qu’affirme Francis à Christian Schlatter lors d’une interview donnée en 1990.

 

 

Alan, Rick et Rhino à Göteborg en 1995

En 1995, à Göteborg, le groupe de Lancaster et Status Quo doivent donner chacun un concert et Alan assiste à la représentation de Quo. Il déclare alors : ‘le concert fut fastidieux, la plupart des morceaux sont joués trop vite. Ca me fait mal de voir Rick et Francis dégrader à ce point l’image de Status Quo ".

Lors d’une interview donnée à la presse, dans les années 90, Lancaster déclare qu’il a réussi à créer une affaire florissante et possède un lotissement de 85 maisons. " Je suis millionnaire, maintenant parce que j’ai su gérer l’argent que j’ai gagné avec le groupe. Je ne l’ai pas gaspillé en avions ou dans la drogue comme certains. Je suis très heureux avec ma femme, j’ai trois beaux enfants et mon affaire marche superbement. Cependant, c’est assez ironique mais le seul problème de ma vie est quelque chose qui aurait du être super pour moi, Status Quo "

En 1996, dans le magazine allemand ‘Heavy, oder was’, Francis, à la question ‘Repenses tu parfois à l'époque d'Alan et de John? Répond de la manière suivante :Bien sur, c'était une période formidable, mais qui s'est éteinte tout doucement. Au début, John était un type super, mais le succès, l'argent, l'alcool et sa première femme l'ont complètement transformé et on a du se séparer. Pareil avec Alan, puis d'un jour à l'autre il voulait que nous fassions du "Heavy-metal", mais nous, on ne voulait pas. " A la question suivante :

Les as-tu rencontré depuis? Il répond : J'ai revu John une ou deux fois, mais son attitude n'avait pas changé alors, "not for me". Je n'ai jamais revu Alan, mais après tout on s'en fout, nous sommes en 1996 et pouvons fêter 30 années de succès de Status Quo, c'est formidable, non?

Inutile de préciser que Francis affiche ici son mépris pour ses deux anciens compagnons de scène et que, pour lui, une reformation ne lui effleure même pas l’esprit.

En 2000 puis en 2001, Lancaster attaque de nouveau Rossi et Parfitt pour utilisation illégale de ses prestations. Il affirme alors que Status Quo fait de la promotion avec les enregistrements originaux auxquels il a participé. Sans suite ! Mais il égratigne, de nouveau, ses ex-amis, lors d’une interview privée en déclarant que Rick et Francis n’étaient plus, ni physiquement, ni mentalement à reformer le ‘vrai’ Status Quo et qu’ils se servaient du nom pour vendre leur ‘merde’ qu’ils n’auraient jamais pu vendre en solo.

En 2001, Lanc aster enfonce le clou en déclarant : ‘J’ai perdu des millions à cause de Rossi. J’ai dépensé tout mon argent pour conserver ce que j’avais. C’est comme se réveiller, un matin, et s’apercevoir que ta femme t’a planté un couteau dans le dos. C’est très dévastateur. J’avais trois enfants et ce qu’il m’a fait est la plus basse chose qu’un homme ait pu faire à un autre. Il a brisé ma vie et ma façon de vivre. Personne ne veut produire un gars de 38 ans qui veut démarrer une nouvelle carrière. Dois-je me sentir aigri ? Jamais, je ne me remettrais de çà ".

A la lecture de cette déclaration, Rossi ne semble pas troublé et rétorque : ‘C’est typique d’Alan . C’est encore du masochisme. Comment oses-tu ? Et le vieux matériel ? Tu nous l’a vendu, çà fait une grosse différence ! ". (Mojo, 2001).

 

Roy Lynes et Alan Lancaster (2001)

On vient bien, par le biais de ces déclarations, que l’amertume qui existe entre Rossi et Lancaster est encore très forte. Il est bien évident qu’il ne nous appartient pas de juger l’attitude de Francis, Rick ou d’Alan. Ce chapitre sur le départ de Lancaster résulte de parutions d’articles de presse et d’interviews données par les trois membres du groupe. Il est certains que plusieurs événements ou faits relatifs à cette affaire restent inconnus et qu’il est très difficile de connaître les raisons réelles qui ont abouti au départ du fidèle bassiste. Je tiens à remercier Patrick pour sa collaboration et son aide précieuse dans la rédaction de ce chapitre.

 

Eric Fortin et Patrick Specht

 

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