John "Rhino" Edwards

 

Paris 12 Avril 2008

 

Interview réalisée par Philippe Duponteil, co-auteur de la biographie "Status Quo: La Route sans fin" durant l'après midi avant la balance au Cabaret Sauvage, Paris.

 

Philippe Duponteil : Bonjour John, et bienvenue en France. Tu joues ce soir pour la première fois à Paris avec ton groupe, Woodetz, peux-tu nous expliquer d'où vient ce nom:

 

John "Rhino" Edwards: C'est juste notre nom à l'envers, un anagramme de Edwards-Woodetz.

 

PhD: Cela fait 8 ans maintenant qu'est sorti ton premier album solo, Rhino's Revenge. C'est un nouveau projet ce groupe?

 

JE: Oui, je ferai un autre CD de chansons, avec Woodetz. En fait, je n'écris que 2 ou 3 bonnes chansons par an, et les dernières ont toutes été utilisées par Quo. Tu sais, c'est très difficile pour moi d'écrire de bonnes chansons; je ne sais pas si les gens s'en rendent compte mais je suis très jaloux des musiciens qui sont capables de se mettre au piano où à la guitare et d'écrire une chanson juste comme ça. Je les hais ! (rires). Et là je joue avec mon groupe et mes fils, que demander de plus. C'est mieux que tout ce que j'ai fait jusque là. Quelqu'un qui écrivait une thèse sur moi m'a contacté et m'a demandé quel était le meilleur moment de ma carrière musicale. J'ai répondu: "Le 15 juin 2005, le premier concert qu'on ait fait ensemble. C'était très spécial. Et en plus, honnêtement, on est très bons. Il nous manque juste un bon bassiste/chanteur ! On est bon, c'est juste dommage que mon fils Max ne soit pas là, on est les "Woodleys" ce soir en fait parce qu'on joue avec Matt Letley. Les Woodetz et les Letleys. J'ai dit à Max: "Tu prends tes priorités à l'envers". En fait, il est à Cambridge et il a plein de boulôt. Mais on va faire d'autres concerts en Angleterre avant son départ pour Harvard cet été. (réfléchit) Mais bon, Matt fera l'affaire quand même (rires).

 

PhD: Parlons un peu de Quo. Cela fait maintenant 23 ans que tu as rejoint le groupe, ce qui fait de toi le bassiste avec la plus grande longévité dans l'histoire de Status Quo. Quelle est l'importance de la basse dans le son Quo ?

 

JE: C'est aussi important que pour d'autres groupes. Je pense néanmoins que ma basse n'était pas assez mise en avant sur certains disques; j'ai toujours pensé qu'Alan était davantage mis en avant sur les anciens disques mais c'était aussi l'époque où le son des guitares était moins puissant. C'est Tonto (un ancien technicien du groupe) qui a mixé les guitares de Francis et Rick avec ce son massif, ce qui était super dans un sens, mais s'est fait au détriment des autres instruments. Mais avec " In Search Of The Fourth Chord" j'aime bien le son, sans parler de la qualité des morceaux ou du feeling. Le niveau de la basse est bien meilleur. Cela reflète bien le groupe tel qu'il est maintenant. Et si tu écoutes bien, la basse est super bonne, un putain de son, énorme.

 

PhD: John, l'album "Heavy Traffic" en 2002 représente un moment décisif dans l'histoire récente de Status Quo. Et ta contribution y était importante, voire décisive comme on s'en est rendu compte en écoutant les démos de "I Cried" et de "Heavy Traffic" postées par Bob Young sur son site web ( http://www.quoticker.de/bobyoungticker/BYTICKERINDEX.htm )?

JE: J'étais en train d'écouter ces deux démos chez moi en me disant "Ouaih, pas mal, c'est ok". Et puis je me suis dit (il montre qu'il fumait): "Je sais, on va les mettre ensemble toutes les deux". Et ça a donné la version de "Heavy Traffic" qui figure sur l'album. En fait, la véritable raison c'est qu'on travaillait avec Mike Paxman et j'ai toujours bien travaillé musicalement avec Mike comme producteur. Et on a enregistré cet album comme un vrai groupe pour la première fois depuis longtemps. On a eu différents producteurs qui partageaient toujours l'opinion de Francis et Rick, et c'est ok, c'est leur groupe après tout, mais bien que j'ai toujours eu plein d'idées dans le passé, ma contribution n'était pas aussi écoutée que j'aurais aimé, une certaine personne en particulier disait " Ah, encore une de ses idées…". Heureusement tout ça a changé depuis. Tandis que Mike écoute toute le monde attentivement sans distinction, sans privilégier l'opinion de quelqu'un en particulier. C'est ce qui s'est passé. J'adore " The Oriental " par exemple, le résultat est vraiment excellent.

 

 

PhD: Il y a aussi votre dernier album "In Search Of the Fourth Chord" avec des morceaux comme "Gravy Train", "Beginning of the End", "Bad News"…

 

JE: Oui, " Beginning Of The End " aussi sur le dernier album, cela m'a fait bien ch… que ce ne soit pas un hit d'ailleurs. Tu sais, j'ai écrit les paroles dans une laverie automatique! En général, je ne passe pas mon temps à invoquer les Muses. Mais quand la Muse te rattrape - et je ne me prends pas au sérieux comme artiste - tu peux être n'importe où, tu peux être en train de ch….où n'importe où ailleurs, et c'est ce qui s'est passé, j'ai commencé à fredonner " This is the beginning of the end…" et voilà ! Je me suis dit "Super, c'est bien, ça" et c'était parti.

 

PhD: Status Quo revient en France à l'automne pour une série de 8 concerts. Dans ton journal de bord qu'on peut lire sur le site officiel (http://www.statusquo.co.uk/tourlog.htm), tu écris: "Le public français est très différent des autres pays". Peux-tu nous expliquer en deux mots?

JE: Ouuaih ! Je suis impatient. Et c'est vrai que le public français est différent, il écoute vraiment et applaudit. Mais tu n'es bon que jusqu'au morceau suivant avec les Français. Ils se disent: "J'aime bien celle là. Suivante ! Ah non, j'aime pas trop celle là. Celle là est super." Ils aiment un morceau, pas un autre, c'est différent des gens qui applaudissent d'un bout à l'autre du concert. Donc ce n'est pas facile comme artiste. Ils ont du discernement si je puis dire et c'est bien qu'il y ait des gens comme ça.

 

PhD: John, quand vous êtes en tournée, tu aimes bien aller te balader, découvrir la ville où vous jouez. As-tu des souvenirs particuliers lors de la dernière tournée française?

 

JE: C'est tout dans mon Tour Log. J'aime bien tout en France, c'est fermé le dimanche, les gens vont se promener, vous entretenez bien vos bâtiments anciens, vous faîtes la grève quand ça vous plaît, vous avez des émeutes, c'est vraiment une démocratie ici. Peut être même que je pourrais éventuellement venir m'installer ici à l'avenir pour ma retraite, bien qu'en général je ne reste jamais longtemps au même endroit. Ça a toujours l'air mieux ailleurs jusqu'à ce que tu t'ennuies. Et puis musicalement je pense que c'est un peu limité ici, je n'aime pas trop la musique française en fait. Manu Chao, ce n'est pas trop mon truc. Mais je vois pourquoi Muse plaît beaucoup en France, leur musique a un côté très français, un côté classe en plus !

 

PhD: En 1975, tu as joué avec Nino Ferrer sur son album "Suite en œuf". Nino est un chanteur à part en France, quel souvenirs gardes tu de lui?

JE: Le regretté Nino! Je crois qu'il était probablement accroc à l'héroïne à l'époque, je ne suis pas sûr mais en y repensant, j'ai l'impression qu'ils prenait des drogues dures, sombres, même si je ne m'en rendais pas tellement compte car je ne connaissais rien aux drogues. Il était charmant, je l'aimais vraiment vraiment beaucoup. Sauf une fois quand il a jeté de la nourriture sur un musicien, un soir, et ça a dégénéré en une gigantesque bataille de nourriture. Ça l'a énervé car on était dans sa p… de belle maison à Rueil-Malmaison. Mais pour le teste il était super. Sa femme était charmante aussi. On a fait l'album avec le Spamm Band dont un des gars que je n'avais pas vu depuis 30 ans habite maintenant à Carcassonne et est toujours en contact avec sa veuve. C'était une période géniale.

 

[brève interruption pour discuter technique pendant la balance]

 

PhD: Quelle est l'attente du Quo pour cette nouvelle tournée française. Ça faisait longtemps qu'on avait vu Status Quo faire deux tournées consécutives en France.

JE: Je n'ai pas vu Rick depuis longtemps, il est en Espagne. Mais j'en parlai à Francis il y a deux jours, on est ravis, on aime venir ici. C'est vrai que ça faisait longtemps, mais autrefois c'était pénible de tourner en France, il n'y avait que l'Italie qui était pire pour tourner, c'était vraiment mal organisé. Même tourner en Espagne était plus facile. Mais maintenant c'est mieux avec ces Zénith, super. Je voudrais juste les remplir à rabord, je ne sais pas comment mais ce serait vraiment bien. On devrait même jouer ici au Cabaret Sauvage et filmer, ce serait super. Malheureusement je ne pense pas qu'il y aura beaucoup de monde ce soir.

 

PhD: John, encore combien de temps vois-tu le Quo continuer?

 

JE: Aouh! (silence) Franchement je ne sais pas, deux ans peut être. Je ne sais pas. On a demandé à BB King quand il allait prendre sa retraite et il a dit (prend l'accent du bluesman): "Environ 7 ans après ma mort!" Et c'est ce que j'aimerais. Je suis vraiment du type "Rock 'til You Drop"!

 

PhD: Une dernière question, sur scène, pendant le show, on te voit cracher de l'eau sur les premiers rangs. Il semble que certains trouvent ça amusant, d'autres moins. Est-ce le signe qu'il y a un sens de l'humour différent entre les Français et les Anglais?

JE: (John réfléchit longuement) Si vous connaissez Jarvis Cocker, qui joue dans le groupe PULP, il habite en France depuis 3 ans, et j'ai vu une émission où il disait " Je ne me fatigue pas à apprendre le français car j'aime bien rire et les Français n'ont aucun sens de l'humour !" Non, franchement, certains apprécient, d'autres pas. C'est juste un truc stupide, sans plus. De toute façon je n'ai pas le sida, je ne transmets rien de mauvais en le faisant. En fait je fais ça parce que si tu regardes depuis le fond de la salle, quand je crache en l'air, avec les lumières ça fait un halo de couleur derrière moi et c'est comme ça que ça a commencé. Un jour quelqu'un au premier rang a craché vers moi comme ça et je lui ai répondu en faisant pareil, et voilà. C'est mieux que de le frapper de toute façon!

 

PhD: Merci John. Et bon concert.

 

JE: C'était un réel plaisir

 

 

 

 

Matt Letley

 

Paris 12 Avril 2008

 

Interview réalisée par Philippe Duponteil, co-auteur de la biographie "Status Quo: La Route sans fin" avant le show de Woodetz au Cabaret Sauvage, Paris.

 

Philippe Duponteil : Matt, bienvenue à Paris. Ta présence est une très bonne surprise. As-tu du apprendre les chansons de Woodetz en 1 semaine ou tu as déjà eu l'occasion de jouer avec eux auparavant?

 

Matt Letley: J'ai joué avec John quand on faisait l'album Rhino's Revenge et on a donné quelques concerts il y a 6 ans donc je connais déjà la moitié des morceaux. Le reste est donc nouveau. Mais ma participation s'est faite un peu à la dernière minute. On a répété quelques heures, c'est tout. C'est un bon challenge. Et on jouera aussi quelques morceaux du Quo ce soir.

 

PhD: Parlons justement du Quo, comment est-ce un concert de Status Quo vu depuis la batterie ? C'est forcément différent et unique non?

ML: Yes, parce que tu vois tout ce qui se passe sur scène. Je suis un peu comme le gardien de but au foot et je vois tout. Pour moi, c'est normal parce que c'est toujours comme ça et ça serait très bizarre autrement si je n'étais pas assis derrière mes fûts, je me sentirais comme un extra-terrestre.

 

PhD: Pendant le show, Francis Rossi vient souvent devant la batterie. Est-ce pour discuter ou pour garder le bon tempo?

 

ML: Oui, parfois il vient pour discuter, on parle de tout et de rien vraiment. C'est juste pour être dans le coup, le rythme, ce qu'on joue. C'est sympa.

 

PhD: Matt, quelle importance revêt la batterie dans le "son Quo" ?

 

ML: Quo a toujours eu un son de batterie très solide et je pense y contribuer à ma façon avec le son de ma batterie. Evidemment les guitares sont énormes dans notre son, c'est ce qui fait qu'on reconnaît le son Status Quo comme étant unique. Mais je joue mon rôle dans le groupe. Je pense avec Heavy Traffic on est revenu à un tempo meilleur. Avant, c'était trop rapide. C'est une erreur de jouer trop vite. Si c'est trop rapide, on perd le "poids" du morceau, il vaut mieux se concentrer sur le groove du morceau et pour ça il faut le bon tempo.

 

PhD: Tu joues maintenant un solo de batterie pendant les concerts. Or ces dernières années, les solos de batteries étaient devenus un peu anachroniques dans les concerts de rock. C'est voulu ? Tu sembles quelqu'un de très réservé dans la vie, est ce que c'est l'autre côté de ta personnalité, comme Janus?

ML: Je suis d'un naturel plutôt introverti mais quand on fait un solo de batterie, ce n'est guère possible, il faut tout donner. J'espère que ça se voit, et le public tape dans ses mains en cadence, c'est vraiment sympa. On a joué dans un festival en France devant 40,000 personnes l'été dernier, à Bobital, et c'était génial de voir tous ces gens (rires). Au départ, c'est une idée de Francis qui voulait m'impliquer davantage dans " Gerdundula" , dans la partie lente du morceau, et j'ai fait deux ou trois trucs. Le lendemain soir, quand j'ai refait la même chose, le reste du groupe est sorti de scène et je me suis retrouvé tout seul ! Alors j'ai du continuer. C'est comme ça que ça a commencé et depuis j'ai développé un peu le solo. Et ça leur donne aussi l'occasion de souffler un peu.

 

PhD: Status Quo revient à nouveau en France pour 8 concerts à l'automne. Tu es content?

 

ML: Oui, c'est super, les salles sont superbes et le public très bon, c'est sympa de revenir encore une fois.

 

PhD: Matt, tu as joué de la batterie avec Renaud sur son album "Marchand de cailloux" en 1990/91. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur cette expérience?

 

ML: Ah oui, c'était produit par Peter Briquette qui a beaucoup travaillé avec Bob Geldof. On a enregistré à Londres et je ne le connaissais pas, je n'avais jamais entendu parler de Renaud mais ça s'est bien passé. Il est sympa. Je me souviens qu'à la fin il nous a tous emmenés diner dans un très très bon restaurant de Londres, c'était très généreux de sa part.

 

PhD: Parmi les albums du Quo sur lesquels tu as joué, quel est ton préféré ?

ML: Je dirai "Heavy Traffic" car j'ai beaucoup contribué à ce disque et c'est celui qui a le son le plus rugueux, râpeux. Tous les albums sont différents en fait.

 

PhD: Je sais que tu as plusieurs passions comme la montagne et tu t'intéresses beaucoup à l'astronomie aussi. Est-ce que tu sais qu'il y a une étoile Status Quo quelque part dans le ciel?

 

ML: J'aime beaucoup l'astronomie en effet. Je ne savais pas pour l'étoile jusqu'à ce que quelqu'un me dise que c'était marqué dans notre biographie en français lors de la dernière tournée française. Mais comme je ne lis pas le français, raconte moi ça donc !