FRANCIS ROSSI INTERVIEW

La Cigale, Paris, France

October 20, 2002.

www.statusquo.fr

© Patrick Specht

English translation here

 

INTERVIEW DE FRANCIS ROSSI A PARIS, LE 20 OCTOBRE 2002

www.statusquo.fr.st

 

Bruno Ponchon (Quo France) : Nous sommes les webmasters du site francophone consacré à Status Quo ; ce site existe depuis 1997 et a pour but d’informer le public français, mais aussi francophone, sur les activités de votre groupe.

Francis Rossi : C'est super !

Avec le développement d’internet, c’est devenu un lieu de rencontre et d’échange pour tous ceux qui s’intéressent au Quo, notamment depuis la mise en place d’un forum. grâce à ce site, nous avons eu confirmation que vous aviez toujours un nombreux public en France, il y a environ 3 000 visiteurs par mois. Nous vous remercions d’avoir accepté de nous rencontrer.

Francis Rossi : Il n’y a pas de problème. On aimerait faire plus de choses en France. On a fait quelque chose en France l’année dernière (!) à…… Je ne me souviens plus où c’était. J’ai oublié…(Olympia 2002 ! ! ? ? ) On a fait de vraiment très bons spectacles et… et puis j’aime bien travailler en France. Le problème, c’est qu’il y a trop d’attractions. En Angleterre, c’est plus intéressant au niveau des impôts…

Eric Favé (Quo France) : Vous venez de sortir un nouvel album, " Heavy Traffic ". A son écoute, on note un retour à un son proche de vos premiers albums, plus direct, plus live (après avoir adopté au cours des années 90 une approche différente, avec une production plus léchée). Est-ce le début d’un nouveau cycle (déjà commencé avec Under The Influence) ?

Francis Rossi : Pour une bonne part, c’est à cause du fait que j’ai recommencé à travailler avec Bob Young. Il a écrit beaucoup des premiers morceaux, et quand le groupe, puis tout le monde, les a entendus, je ne sais pas si ça a été un effet psychologique, mais chacun a été très enthousiaste. et puis il y a eu l'arrivée du nouveau batteur, Matthew, qui a apporté quelque chose de différent dans le feeling et les vibrations pendant les concerts.

On a enregistré dans un studio qui est très semblable à celui où on avait enregistré l’album Piledriver : ça déborde d'énergie de tous côtés ! Il n’y a pas eu tellement d'innovation du point de vue technique d’enregistrement et surtout, le groupe a joué ensemble dans une seule pièce. Je pense qu’on s’est cherchés au cours des 5 ou 10 dernières années, on ne savait pas vraiment où on allait. et tout d’un coup, tout est devenu très positif et très concentré, et quand les gens sont positifs et concentrés, particulièrement sur une chose ou une vibration positive, le positif appelle le positif et je crois qu’on a pensé négativement pendant ces 10 dernières années, alors le négatif appelle le négatif. Tout ça est très excitant en ce moment.

Bruno P : Francis, vous êtes un songwriter très prolifique. Avec le retour de Bob Young, et la participation plus importante de John Edwards dans l’écriture de chansons, et bien sûr le travail d’Andy et Rick, sentez-vous moins de pression sur vos épaules lors de la composition d’un nouvel album ?

Francis Rossi : Non. Je n’y pense jamais de cette façon ! J’ai adoré écrire ces chansons. Quand je commence à composer, en particulier avec Bob, ça devient, comme vous dites, prolifique. C’est comme quand on est malade (il fait mine de vomir…) : une fois qu’il y en a une de sortie, tout le reste coule, donc ce qu’il faut arriver à faire, c’est écrire la première chanson. Ecrire une chanson pour un nouveau projet, moi je trouve ça un peu difficile… Et puis après quand la première est faite, le reste suit de lui-même ; tu en écris 2 ou 3 par jour. Je trouve ça très, très excitant, très gratifiant. Le mieux dans tout ça, c’est que tout le monde a été très positif en entendant les chansons que Bob et moi avions faites. Les autres chansons qui avaient été écrites ont commencé à mieux coller à ce qu’on recherchait. Comme je l’ai dit, il y a eu toute une série de petites choses qui ont fait la différence pour cet album. Même les contributions que chacun a dû faire pour Jam Side Down : on a discuté de différentes choses, changé des trucs, changé ceci, changé cela, et ce qui se passe, c’est que tout le monde a apporté quelque chose. De là à savoir si chacun est heureux à 100 %… Le fait est que chacun a apporté son point de vue, ainsi tout le monde ressent vouloir faire partie d’une équipe. Moi, je n’aime pas trop imposer, et donc si on peut tous sentir qu’on fait partie d’un groupe, la bonne ambiance règne. Comme je le dis, tout ça c’est une affaire de famille. L’équipe de tournée est avec nous depuis 14 ans, la personne qui est là depuis le moins de temps, c’est la dame qui s’occupe de nous, et elle est là depuis 5 ans. On est comme une famille en voyage. Quand le groupe est positif, l’équipe est positive, à part quand on joue dans des endroits comme ici… La vie est dure...(Life is hard…)

Eric F : J’ai besoin d’un remède ! ( I need a remedy !)

Francis Rossi : Oui, mais là c’est pas trop ça, désolé... (dépité il regarde les loges miteuses)

Eric F : Un nouvel album est déjà prévu pour les prochaines semaines." Rockin All Over The Riffs " …..interrompu par Rossi : " Non, il va être repoussé… "

Eric F : " Repoussé ? "

Francis Rossi : … oui, aux environs de Noël prochain 2003 ….. (il rit)

Eric F : Est-ce que ces deux albums ont la même importance pour vous? "

Francis Rossi : Non, RAOTR c’est de la merde pour moi.

Eric F : " Vous êtes sérieux ? "

Francis Rossi: Oui, diablement sérieux ! Je n’ai pas envie de faire de covers. Mais on est dans la situation suivante : on a signé avec Universal, la maison de disques que nous voulions. Ils voulaient que nous fassions cet album de reprises… On était à mi-chemin de l’album, et puis ils nous ont, disons, suggéré de faire un album de covers. Si ça veut dire qu’il faut qu’on fasse ce genre d'album pour qu’il y ait en contrepartie un VRAI album… alors on va le faire. Mais le problème, c’est qu’il n’y a plus assez de gens qui aiment la musique dans le business. le directeur musical de la maison de disques, à la fin de l’exercice, il veut pouvoir montrer à ses actionnaires qu’il a gagné de l’argent. Il ne peut pas dire : j’ai investi dans un groupe qui va être prêt dans deux ans, parce que les actionnaires, ça ne les intéresse pas, ce ne sont pas des musiciens. Donc il va faire tout ce qu’il faut pour maintenir STATUS QUO en vie.

Je me fiche de ce que pensent les gens, qu’on s’est prostitués ou pas. Si on peut rester en vie et qu’on peut faire un album comme HEAVY TRAFFIC, on fera bien plus que ça !

Mais je déteste devoir faire un album de reprises, même s’il est plutôt bon, ça ne fait rien : je déteste ça…

Avant la question suivante, Francis Rossi se lève et commence à boutonner les maillots de Bruno P !

Francis Rossi : Je faisais ça à l’école ! Oh, vous en avez deux (des maillots…) ?

Bruno P: Oui, celui du dessus, c’est le maillot blanc officiel QUO FRANCE avec le logo dessus et par-dessous, j’en ai un personel sur lequel figurent tous les concerts auxquels j’ai assisté depuis 1973.

Francis Rossi : (en regardant les dates de tournées dans mon dos) Oh, je vois, très joli. Juste un instant. Ça fait beaucoup de travail. Encore 50 spectacles à faire. Très bien.

Francis Rossi : (en s’adressant à des techniciens dehors) Est-ce que ça va ? Pas de problèmes ? Pas trop de graves ce soir hein? Ne vous en faites pas, on a une heure et 15 minutes. C’est court ce soir, ouais, désolé !

Francis Rossi annonce que le concert de ce soir est écourté…La raison : Rick se plaint d’un mal de gorge et ne peut pas trop chanter..

Bruno P : Le nouveau single " All Stand Up " est moins poppy que " Jam Side Down ", plus représentatif de l’album. est-ce la raison pour laquelle ce titre a été choisi ? ne craignez-vous pas qu’il soit trop rock, trop lourd pour passer à la radio ?

Francis Rossi : Au départ, on serait probablement parti sur " All Stand Up " et quand on a trouvé ce morceau " Jam Side Down " de Terry Britten, le propriétaire des studios qu’on a utilisé, et qu’on l’a entendu, on l’a trouvé bien, très sympa, et puis Mike Paxman, le producteur, nous a dit, à Rick et moi, deux jours après : " Et si on essayait ce morceau ? Parce qu’on va avoir besoin de quelque chose de solide pour passer en radio". Vous savez, si on s’était décidé pour " All Stand Up ", les radios auraient dit " C’est trop échevelé ". On avait besoin d'un titre comme " Jam Side Down ", quand on l’a retenu, on s'est rendu compte qu'il ne s’insérait pas bien dans l’album, il sonne tellement plat par rapport au reste de l’album… D'ailleurs certains de nos fans ne l’aiment pas, c’est trop poppy. Mais bon, il nous a fait apparaître dans les charts, et il nous a fait passer sur les radios en Angleterre, ce qui fait qu’on est entré dans les charts pour la cinquième décennie consécutive…

Eric et Bruno : Yyeaaahhh !

Francis Rossi : Qu’ils aillent se faire f… ! Alors on a l’a fait, mais je ne suis pas sûr que " All Stand Up " soit nécessairement un bon titre pour passer à la radio ces temps-ci, je ne sais pas ! Mais ce que je sais, c’est que c’est un morceau très populaire. Très excitant, on est quasiment à la mode en Angleterre en ce moment, c’est tout à fait étrange.

Eric F : "Un critique de disque sur Amazon.com a traité la chanson " The Oriental " de raciste…."

Francis Rossi : Conneries. Foutaises. C’est très difficile. Je comprends et vous pouvez corriger cela. Je n’aime pas le racisme, mais je peux aller parler à ce gars-là plus tard et lui dire : " J’ai rencontré deux personnes aujourd’hui " Je ne peux pas lui dire que vous êtes français, je ne peux pas lui dire que vous êtes des hommes, je ne peux pas lui dire que vous êtes roux, je ne peux pas lui dire que vous portez des lunettes, je ne peux pas lui dire que vous êtes gay, je ne peux pas lui dire que vous êtes hétéro, je ne peux pas lui dire que vous êtes beau, je ne peux pas lui dire que vous êtes moche. Donc je vais juste lui dire : j’ai rencontré deux personnes et qu’est-ce qu’il sait de plus ? Rien. Au diable tout ça !

La chanson parle de (il dessine les formes d’une femme dans l’air…)… Elles sont magnifiques. Je pourrais y voir un problème si j’étais du genre à dire" je déteste ces p… d’orientaux ", là ce serait un problème. Je n’aime pas vraiment les orientaux, et les indiens.

Eric F : Et Persha ?

Tout le monde rit. (NB: Persha Sethi travaille pour Status Quo comme "personal assistant" et est d’origine indienne)

Francis Rossi : (se tournant vers le road manager) Comment ça se fait qu’ils connaissent Persha ? Vous l’avez rencontrée ?

Eric F : Eh bien, Bruno a rencontré Persha.

Francis Rossi: Vous l’avez rencontrée ? Vous lui avez parlé ? Elle est magnifique…

Bruno P : Vraiment très sympathique.

Voix off (Toot) : C’est une femme mariée.

Francis Rossi : Et alors ? Elle est splendide !

Bruno P : " La presse anglaise a changé à votre sujet. Il semble que les éternelles plaisanteries sur les " 3 chords " aient disparu, un certain respect pour votre carrière apparaît. Etes-vous sensible à ce changement ? "

Francis Rossi : Inquiet !

Bruno P: Inquiet ?

Francis Rossi : Eh bien, quand on en vient à être à la mode, ce qui suit est de toute façon hors mode. Et nous, on a toujours été hors mode. C'est là que je me sens bien. Quand tu es à la mode, c'est… tu peux… on peut te laisser de côté, c'est fini maintenant. Je me suis habitué à être hors mode. Je me suis habitué à ce que la presse soit (il fait un bruit plutôt impoli avec sa bouche)… mais, hum... Ils ne peuvent pas ignorer l'album. Il y a un gars qui m'a lu quelque chose hier d'un Français qui, quand Piledriver, Hello et tous ces albums étaient sortis, n'était pas très flatteur envers nous, il disait qu'ils n'étaient pas très bons, et pourtant, il vient juste de faire la critique dunouvel album en disant à quel point il est fantastique, parce qu'il est comme nos anciens albums. Alors que quand nos anciens albums étaient sortis, il ne les avait pas aimés !

Les journalistes ont besoin de dire quelque chose ; ils ne peuvent pas juste dire des trucs comme : magnifique, fantastique album ; il leur faut dire quelque chose et en général, quelque chose de négatif. Si je lui fais ça (il pousse Eric du doigt), il a une réaction de protection : regarde ! (il donne un autre coup à Eric) Eric se recule, et si on continue les coups, il va y avoir une réaction. Je ne sais pas s'ils continuent à aiguillonner les fans de STATUS QUO juste pour obtenir une réaction. Ils n'obtiennent pas de réaction s'ils disent : "Ils sont super". Les fans de STATUS QUO le pensent déjà.

Eric F : "Comment s’est passée la tournée allemande ?"

Francis Rossi : Tout va bien ! On vient juste de faire le tri de la set list. On s'installe petit à petit. ça fera déjà environ 2 semaines mardi qu'on est sur la route et il reste encore 8 semaines à faire.

Bruno P : "" Burning Bridges " a été joué en début de concert, puis remplacé par " The Wanderer ", les 4 titres d’Heavy Traffic sont maintenant joués à la suite, " Juniors Wailing " a fait une apparition…Vous semblez avoir du mal a établir la set list cette année… Tenez-vous compte de l’avis du public ou adaptez-vous la set list en fonction de vos propres sensations ? "

Francis Rossi: C'est toujours pareil ! Quand on a décidé de la set list à la maison… tu écris et ce qui se passe, ce qui te semble bien sur le papier, et ce qui sonne bien à 11h00 du matin sans le public… et puis tu joues devant un public et tu te dis : " oh ! c'est pas bon ça ! " Il faut que ça coule. Il y a forcément des changements dans la set list jusqu'à ce qu'on ait essayé quelques trucs et puis tout d'un coup on décide de placer " The Wanderer " où il se trouve maintenant, et on met les 4 nouveaux titres ensemble, le medley après ça.

C'est juste que…il faut que ça roule d'une certaine façon, sans quoi tu joues n'importe quel titre, n'importe quand, n'importe où. Mais pour nous, ça ne marche pas. Il faut qu'il y ait ça (il se frappe le coeur), quelque chose qui se passe là, près de moi. Ça devient passablement excitant vers la fin pour nous.

Si ça ne nous le fait pas, on ne peut pas le transmettre au public. Donc tant que l'on n'a pas la set list dans le bon ordre, eh bien…On la modifie. On était très réticent à remettre " the Wanderer " en numéro deux, où il se trouvait depuis deux-trois ans, et on s'inquiétait à propos de " Caroline " en ouverture, mais comme alternative, il y a juste " Down Down ", " Whatever You Want " ou " Paperplane ", on s'est reporté sur " Heavy Traffic " mais ça ne marchait pas non plus. Alors on a dit : Non. Non. Non.…"Caroline" est vraiment un super titre d'ouverture.

Ce qui sonne bien sur le papier ne rend pas nécessairement bien dans un concert. Aussi je crois que maintenant elle est comme il faut ! Désolé que ce soit si court ce soir ! Désolé !!!!!!!

Eric F : "Pourquoi avoir choisi " Creepin ‘ Up On You " et " Heavy Traffic " ?

Francis Rossi : C'étaient les deux chansons avec lesquelles on a commencé au début,c’est celles qui nous plaisaient le plus. J'aimerais bien faire " the Oriental " et " Blues and Rhythm ". Mais il faut tenir compte de l'avis du public. Si on joue toutes ces chansons, le public va dire " Haaa! ". On ne peut pas être là où nous en somme et ne pas jouer vos morceaux favoris. C'est ridicule ! Je ne fais pas confiance aux gens de ma génération qui disent " Je ne veux plus du tout jouer ça ! " C'est un peu idiot. On ne peut pas attendre des gens (il ne fini pas sa phrase)…

Vous savez, on lutte depuis que j'avais à peu près 18 ans, ou même avant ça… Vous voulez que les gens vous aiment, qu'ils viennent vous voir, être célèbre, qu'on vous suive et puis, quand vous faites ça, vous voyez (il fait une drôle de tête)... C'est stupide ! On est STATUS QUO. On a 4 nouveaux morceaux en ce moment, ce qui est plus que ce que l'on a jamais fait (il rigole) et on en mettra deux de plus après Noël, j'espère, j'espère. Je veux faire " the Oriental "… zsk… zsk… ça dérange les gens...

Bruno P : "Pour la tournée Heavy Traffic vous jouez en chemises et pantalons noirs. Qu'avez-vous fait de ces vielles loques de blue jeans que vous portiez ? (allusion à Ol’ rag blues) ? "

Francis Rossi : ( gros rire ) Ils sont dans la penderie en coulisses. Demandez à notre habilleuse. Je ne sais pas. C'est juste quelque chose qui est sorti avec la nouvelle scène et quelqu'un a dit " On pourrait porter des jeans noirs ! " Pourquoi pas ! On ne peut pas faire ça ! Et pourtant on l'a fait ! Et tout le monde se sent bien, ce sont les mêmes jeans. C'est juste qu'ils sont noirs. Ils sont même du même modèle, de la même marque, ils sont juste noirs et ça fonctionne sur scène en ce moment. Alors j'espère que ça ne dérange pas trop de gens. Je m'en fiche un peu, pour être tout à fait honnête envers moi-même !

Bruno P : Pourquoi cela devrait-il déranger les gens ?

Francis Rossi : Je n'en sais rien. On n'est pas encore en Angleterre. Les britanniques sont bizarres, vous savez. Vous vous tenez sur le pied gauche et puis ils vous disent "Ne faites pas ça !" Quoi ? …Ils sont bizarres.

Eric F : "Demain c’est votre 87ème concert en France ! Le premier était en 1973. y a-t’il un concert ou un événement en France qui vous ait laissé un souvenir particulier ? "

Francis Rossi : Toutes les tournées que l'on a faites en France m'ont marquées, parce que dans les années 70, la France ne fonctionnait pas aussi bien que d'autres endroits. On arrivait en France et après on partait travailler en Allemagne, et la France, c'était toujours un travail pénible. Il fallait voyager et prendre la route tandis que les camions étaient stoppés… alors on ne pouvait pas aller plus loin, et après il n'y avait pas moyen de trouver à manger, donc la France, c'était toujours très dur. J'ai toujours bien aimé le public français. Ils sont un rien snobinards, vraiment, je suppose. Vous jouez un morceau du genre, disons " RAOTW ", " WYW" et ils font " YYEAaah ! " et puis ils s'arrêtent et ils disent : " Y'a quoi, après ? ". Alors que la plupart des publics, une fois que tu les as chauffés avec un titre, ils aiment mieux le titre suivant qu'ils ne l'aimeraient normalement. Les français, eux, ils ne sont pas comme ça. " J'ai bien aimé celui-là. Maintenant, montrez-moi le suivant ! " et donc ça t'oblige à te donner vraiment plus fort. C'est très bon pour la discipline. J'adore la discipline.

C'est pour ça que j'ai toujours aimé travailler en France. Andrew et moi, on a toujours adoré travailler en France. C'est un grand pays mais, comme je le dis, pour le moment, les impôts le rendent quasiment impossible, et donc il faut faire deux fois plus de concerts que la normale pour gagner de l'argent. J'aime bien l'argent, je suis désolé. C'est vrai. J'adore l'argent. L'argent, c'est bien.

Bruno P : "Vous jouez dans une salle de 1 000 places demain, le concert est sold out. vous avez joué à l’Olympia en avril dernier. Préférez-vous jouer au cœur des villes dans une petite salle ou dans un immense hall, avec un public plus large, en banlieue… ou cela vous importe peu ?"

Francis Rossi : Ils ont dit qu'on pourrait remplir 3 fois la salle, alors p… qu'est-ce qu'on fiche ici ? Je n'en sais rien !!!

J'aurais préféré jouer à l'Olympia. De plus, je ne sais pas qui a racheté l'Olympia récemment ; normalement, quand quelqu'un rachète une salle de spectacle, il refait la façade, là où rentre l'argent, pour attirer les gens. Celui qui a racheté l'Olympia, il a fait refaire les coulisses et c'est fantastique… Et la scène est fantastique… Alors j'aurais préféré de loin jouer là-bas. C'est une salle que j'aime bien.

Jouer devant 25 000 ou 30 000 personnes, c'est difficile. Des endroits comme ça (La Cigale), c'est également difficile.Enfin, c'est comme ça...

Eric F : "Vous deviez faire une séance de dédicaces et un showcase dans un grand magasin de disques à Paris cet après-midi. Pouvez-vous nous dire pourquoi cela a été annulé ? "

Francis Rossi : C'était encore plus petit qu'ici. Non, c'était trop petit. Trop petit !!!!

Bruno P : "Bruce Springsteen a joué à Paris lundi dernier. que pensez vous des musiciens qui essaient de faire passer un message social ou politique ?"

Francis Rossi : " Je pense que certains croient que c'est ce qu'on attend d'eux. Et je pense que certains croient vraiment avoir quelque chose à dire. A mon avis, certains pensent que c'est bon pour leur image, mais il ne faut pas oublier qu'ils sont dans le show business. Toutefois, nous avons aussi dit certaines choses au fil des années et de certaines façons en matière sociale, fait des commentaires… Par chance, Springsteen a un son très commercial et j'aime bien ce qu'il fait, en particulier son nouvel album. Je ne suis pas sûr que les gens veuillent aller au concert voir quelqu'un qu'ils aiment leur dire ( en chantant ) : " ta vie, c'est de la m…, tu n'as pas assez d'argent, moi je suis foutrement riche ". Ça, ils le savent. Le public sait que sa vie, c'est de la m…, le public sait que les hommes politiques leur c… dessus. Ils le savent déjà, à mon avis en tout cas. Alors les faire venir et leur faire débourser de l'argent pour te voir leur dire que leur vie, c'est de la m… C'est pas mon truc. Je préfère les faire sortir de là et qu'on s'amuse pendant deux heures… On fait comme ça et on y va, et comme ça me fait aussi bander de temps en temps… C'est bon… Est-ce que je viens vraiment de dire ça ? "

Voix off : Ouais, tu l'as dit !

Eric F : "Avec quel artiste, musicien, auriez-vous aimé ou aimeriez-vous travailler ? "

Francis Rossi : " Jeff Lynne. Je connais Jeff depuis longtemps. J’aime tout ce qu’il fait. Qu’importe ce qu’il fait, je l’aime de toute façon, ça a tendance à m’aveugler ; un peu comme les Everly Brothers, tout ce qu’ils faisaient, j'adorais. Il y a un nouvel album de George Harrison qui sort ; c’est lui qui l'a fait, et je le veux. Tout ce qu’il fait, Ricardo et moi on a tout ce qu’il fait. Il est fantastique." (NB :Jeff Lynne est le leader du groupe Electric Light Orchestra, et également producteur)

Bruno P : "Nous avons fait un sondage et, statistiquement, les fans français ont plus de filles qui s’appellent Caroline que la moyenne nationale. Vous sentez-vous responsable ? "

Eh bien, je fais des enfants très facilement, donc ce serait bien possible, ouais ! J’ai des tas d’enfants, alors ils pourraient bien être de moi. Non, c’est juste que les gens aiment le prénom Caroline. Ça va bien aux français, je pense. Je ne connais pas de Caroline. C’est juste un prénom qu’on a inventé !

STATUS QUO FRANCE (Eric F et Bruno P) : Merci beaucoup, Francis.

Francis Rossi : Merci à vous.

Eric F et Bruno P : Et bon spectacle.

Francis Rossi : Profitez-en bien, merci.

Nous tenons à remercier tous les gens chez Universal qui ont rendu possible cette interview. Merci au management du Quo… et au groupe, et le dernier merci, mais non le moindre : Merci pour la Musique…