ENFER MAGAZINE
- MARS 1987 - "Rengagez-vous"
Interview de
Francis Rossi par Arnaud Exiga
Francis
RossiEngagez-vous, rengagez-vous, vous verrez
du pays, telle semble être la devise faite sienne par le
sympathique Francis ROSSI, qui a oublié ses adieux au showbiz
pour repartir vers les disques, les tournées et le succès.
Intercepté à Paris alors qu'il tentait
désespérément d'obtenir un petit-déjeuner auprès d'une
réceptionniste totalement indifférente, Francis a patienté en
ma compagnie et en a profité pour me parler du Quo 87.
ENFER : Salut, Francis, ça va ?
FRANCIS ROSSI : Super ! Il fait un temps pourri et il n'y a pas moyen d'avoir à déjeuner dans cet hôtel. Tu vois, tout va bien (rires)
ENFER : Peut-être que les ventes de "In The Army Now" te remontent le moral ?
F.R.: Oh oui, tout à fait! On a
été N° 1 à peu près partout avec cette chanson, sauf en
Angleterre. En Allemagne, en Norvège au Danemark, en Suède,
mais pas chez nous !
J'avais l'impression que nous ferions un
carton en Angleterre mais je crois en fait que le marché est en
perte de vitesse. Un numéro 1 vend aujourd'hui ce que vendait le
n°10 il y a dix ans !
Mais c'est un disque qui marche, il y a
même quelque chose qui fait plaisir a notre batteur : on est n0
1 en Israël... et est Juif! C'est la gloire pour lui!
E : Quel avait été votre dernier gros succès?
F R.: Oh... Ça fait une paye! " The Wanderer ", en 1984, avant que nous arrêtions de travaillé a pas mal marché en Angleterre, mais à une échelle plus vaste, ça doit être "Marguerita Time" en 1978 ou 1979
E.: Pensais-tu avant sa sortie que "In The Army Now" serait un tube ?
F.R.: Oui, quand j'ai entendu cette chanson à la radio je me suis dit "voilà une chanson qui va devenir énorme !" et rien ne s'est passé ! Mais à l'époque l'ancien Status Quo n'aurait jamais joué cette chanson. Aujourd'hui il n'y avait plus de raison de s'en priver et j'ai pensé que ça ferait soit un gros hit, soit un flop total. Ce n'est pas le genre de titre qui laisse un avis mitigé. On adore ou on déteste.
E.: En tout cas c'est plutôt un titre déroutant par rapport à l'image boogie rock immuable de Status Quo, non ?
F.R.: C'est sûr, Mais on nous assez
souvent reproché de faire toujours la même chose, on ne va pas
maintenant nous reprocher de bouger ! de toute façon, on a
passé l'âge de jouer les rebelles: avec le temps quoique tu
fasses tu deviens "acceptable". Regarde les Stones,
même Keith Richards ne fait plus peur à personne ! alors
pourquoi faire semblant si on a envie de faire des choses
nouvelles ? C'est vrai, "In The Army Now" est une
chanson tout public et je n'ai pas honte, au contraire. Et puis
bien des choses ont changé: le goupe est neuf, Rick et moi avons
retrouvé l'envie de jouer de nos débuts, on a envie
d'expérimenter et revenir après deux ans d'absence est un
challenge difficile et excitant
(
)
Rick
ParfittE.: Quel genre de public a Status Quo de nos jours?
F.R. : Un public de bon goût !
(rires) Non, il y a de tout ! Un jour, deux types chauves sont
venus me voir et m'ont dit qu'ils aimeraient me présenter leur
mère : elle avait 75 ans. Et depuis des années elle collait
dans un cahier toutes les coupures de presse sur STATUS QUO !
On ne fait pas partie de ces groupes qui
pensent qu'un public trop jeune trop vieux, noir, rose, ou jaune
soit mauvais pour l'image: On est là pour divertir les gens et
tous ceux qui veulent venir sont les bienvenus. C'est ça que je
n'aime pas dans le heavy metal, auquel on est supposé
appartenir, ce qui est faux : il véhicule un esprit étriqué,
intolérant. Ceux qui écoutent de la pop sont des abrutis et
ceux qui écoutent du speed des génies ! quelle connerie !
ENFER: Francis, quel effet ça fait d'être le groupe favori du Prince Charles ?
F.R. :Oh ! c'est OK, je pense malheureusement que ça ne fait pas vendre plus de disques. Mais le Prince Charles et plus encore Diana sont des gens très sympathiques, tout à fait "normaux" et qui sont à juste titre très populaire. Je pense donc que d'avoir le Prince Charles comme fan peut être considéré comme un honneur.
ENFER: Tu as joué avec des musiciens très célèbres au concert du "Prince's Trust", qui t'a le plus impressionné ?
F.R.: Pff ! Je ne suis en général
guère impressionné par les autres musiciens. Les héros ce
n'est pas mon truc ! Difficile à dire, le seul qui
m'impressionne vraiment, c'est un guitariste de jazz noir que
personne ne connaît et qui n'était pas là. Quand tu l'entends
jouer tu as l'impression qu'ils sont trois !
J'aime bien le jeu de Mark King le
bassiste de LEVEL 42, ou de Mark Knopfler mais
Si. McCartney
m'a impressionné par son attitude pas du tout rock star, très
humble, ne tirant pas la couverture à lui..
Mais en fin, le plus impressionnant de
tout pour être tout à fait honnête c'était le cul de Tina
Turner ! J'étais juste derrière elle et j'avais du mal à me
consacrer sur ce que je jouais. Mais à défaut je me suis bien
rincé l'il !
ENFER: Vous aviez prévu un concert en novembre à Paris et rien. Pourquoi ?
F.R.: Je te le dis à toi mais tu ne le répète pas: Le tourneur n'a pas fait son boulot. D'abord comme on n'avait rien fait depuis deux ans, il ne devait pas être très sûr qu'on attirerait du monde, alors il ne s'est guère engagé, il n'y a presque pas eu de promo. Et plutôt que de jouer un tube devant une salle vide, on a préféré reporter pour jouer au Zénith en... mars, je crois. Mais j'aime beaucoup jouer en France car, contrairement à bien d'autres pays, on n'y est pas en terrain conquis. Il faut refaire ses preuves à chaque fois. Tiens, il n'y a qu'à voir cet hôtel pour comprendre: (Francis prend un ton façon Dave Lee Roth) " Hey, je suis la célèbre star Francis ROSSI, je veux déjeuner(imitant la réceptionniste) " 0K, y a pas le feu, attendez, on va voir Si on peut faire quelque chose ! "(rires) Rien n'est acquis dans ce pays ! C'est pareil sur scène : tu vois, en Suède, les gars arrivent tous pétés et gueulent du début à la fin, on pourrait leur jouer du SPANDAU BALLET, ils n'entendraient même pas la différence. C'est l'horreur. Ici, le public est attentif, Si je me plante il l'entend, je sens que je dois donner le meilleur de moi même pour convaincre et c'est un challenge excitant. Ici, il faut bosser !
E. : Initialement, vous ne deviez plus tourner après "The end of the road tour ". Pourquoi être revenu sur votre décision ?
F. R. : Pour moi, nous ne sommes pas
revenus sur cette décision. Le STATUS OUO
de " The end of the road " est
mort. Celui d'aujourd'hui est tout autre.
A cette époque, les relations avec Alan
Lancaster devenaient exécrables et ça allait de pire en pire.
C'est là la vraie raison qui nous a fait décider d'arrêter de
tourner, pas l'âge ou dieu sait quoi: on ne pouvait plus
s'encadrer i
Mais on pensait continuer à enregistrer
ensemble., En fait, il est vite apparu qu'on ne se supportait pas
plus en studio qu'en tournée, ce qui est parfaitement logique.
J'étais alors très triste car je pensais que tout était fini.
Et puis on s'est décidé à
repartir avec de nouveaux musiciens et
ça été une idée formidable : tout le monde bouge, l'attitude
est totalement neuve, on essaie des choses que l'on n 'a jamais
faites. On a retrouvé l'enthousiasme de nos vingt ans,
l'expérience en plus . Aujourd'hui, STATUS QUO n'a plus rien du
dinosaure englué dans ses habitudes d'il y a quelque temps.
Je vais te dire un truc qui va
peut-être te paraître idiot : quand on n 'est pas ensemble, on
se manque. Ça fait des années que ça ne m'était pas arrivé.
E. : Francis, tu es dans ce business depuis longtemps...
F. R. : Oui, ça fait deux, trois ans maintenant !
E. : ... Crois-tu que tu continueras encore longtemps ?
F. R. : Je vais te raconter une histoire qui va te répondre. Il y a un bled en Allemagne qui s'appelle Ulm. Je le hais ! Depuis des années, on joue là-bas dans la même salle pourrie, on loge dans le même hôtel horrible, c'est une ville que j'attends avec horreur quand on tourne. Eh bien, là, avec ce nouveau groupe, le concert était si éclatant pour moi que j'en ai oublié tout ça. Je ne sais pas comment c'était dans la salle mais sur scène je me disais " Waoh ! quel concert i " Je crois que tu aurais pu venir me voir à ma descente de scène pour me dire " Francis, c'était naze ", je ne t'aurais même pas entendu et répondu " Oui, hein, c'était super ce soir ! " J'ai vraiment retrouvé un plaisir que je ne connaissais plus et j'entends en profiter longtemps. Ah, ça y est, mon petit-déjeuner est prêt (enthousiaste).
E.: 0K, Francis, merci et bon appétit. A bientôt
Arnaud EXIGA