ENFER MAGAZINE - MAI 1984
     "Voir le Zénith et mourir"

     Interview de Rick Parfitt par Philippe Touchard 
        

     Beaucoup de monde se pressait en backstage du Zénith ce jeudi qui était donc une date funeste (non pas à cause des élections) mais car on savait tous que se serait sans doute le dernier concert de Status Quo.18 H 30, le sound-check n'est pas encore achevé, comme toujours, il est désormais certain que Status Quo sera une fois de plus en retard (souvenez vous en 1979 à l'Hippodrome de Pantin: 1 heure 1/2 d'attente... 19 H 30, les musiciens sont enfin disponibles. Comme dans un quart d'heure américain, chaque journaliste se doit de s'accaparer sa cavalière, pardon son musicien. Par chance j'attrape Rick Parfitt qui sirote une vodka.

ENFER: Rick, c'est la dernière fois, du moins c'est ce qui est annoncé que tu vas affronter le public parisien. Comment ressens-tu cet événement ?

RICK: En fait, j'essaye de ne pas trop y penser. On vient de tourner en Allemagne et en Hollande et j'attendrai la dernière date de cette tournée pour faire un bilan. Il nous faut éviter tout sentimentalisme, c'est ce qui est dur, pour pouvoir assurer jusqu'au bout, mais je suis sûr qu'au bout du compte j'aurai envie de pleurer !

ENFER: 22 ans d'une carrière bien remplie du dois avoir des souvenirs qui t'on marqués plus que d'autres.

R.P.: Oui, il y a eu la première fois où on a eu un disque d'or avec "On The Level". Il y a eu encore plus fou: c'était la première fois où on a gagné de l'argent avec un concert. On avait gagné 300 livres, c'était en 1971, je crois, et on n'avait dépensé que 200 livres. C'était la première fois où on a gagné de l'argent sur un concert. A partir de "On The Level", la vie s'est accélérée pour nous et tout c'est précipité, l'argent, les tournées, les disques et on n'a pas vu le temps passer jusqu'à aujourd'hui.

ENFER: Lorsque tu as rejoint Francis Rossi et Alan Lancaster t'imaginais-tu que cela allait durer aussi longtemps ?

R.P.: Non, je n'aurais jamais pu oser l'envisager. Evidemment, notre but était de durer le plus longtemps possible mais, comme cela, non. Avant de rentrer dans Status Quo, j'avais toujours rêvé de faire un groupe puissant, énergique, qui pourrait devenir international. A l'époque, je faisais du cabaret dans un trio. On jouait des standards du Rock'n'Roll et du Rythme and Blues, mais nous ne sommes jamais sorti de notre pub. Un jour j'ai tenté d'en finir avec ça et j'ai assumé de partager les risques avec Status Quo,ce qui au début était pour le moins aléatoire. On a eu de la chance, cela a bien marché, bien plus que ce que l 'on aurait imaginé. Aussi, on a bien réfléchi et c'est maintenant qu'il faut s'arrêter, on l'a tous décidé ensemble, car nous ne voulons pas ternir l'image du groupe en prolongations inutiles.
 
ENFER: Entre votre premier album et "Piledriver" qui a lancé la machine Status Quo, il y a un changement d'optique musical radical. Comment est venue cette radicalisation ?
 
R.P.: Ce premier album est en fait une compilation de titres que l'on a fait ensemble et des titres qu'avaient composés Francis et Alan dans leur premier groupe "The Spectres". A l'époque, on ne maitrisait pas encore notre musique et bon nombre d'influences diverses nous traversaient. Puis l'organiste est parti; tant mieux car il n'était pas bon, et on a commencé à se chercher, plus précisement une identité musicale. On s'est mis à jouer plus fort, plus vite, on est devenu moins clean, et on s'est mis à courir après le boogie. Le premier morceau que l'on ait fait dans ce style, en douze mesures est "Junior's Wailing" sur l'album "Ma Kelly Greasy Spoon".
 
ENFER: Pourtant cet album est passé quasiment inaperçu ?
 
R.P.: C'est vrai c'est dommage, car quand on le considère bien, c'était un album qui dégageait une personnalité, une chaleur certaine. A côté de cela, la production était tellement pauvre qu'il est normal qu'il n'ait pas marché.
ENFER: C'était de plus un album charnière où l'on trouve encore vos influences blues et rythm'n'blues et le balbutiement de votre boogie rock des années futures.
R.P.: C'est vrai, on se cherchait encore, mais il n'en reste pas moins que cet album était disons, très "prophétique".

ENFER: On retrouve cette hésitation sur l'album suivant "Dog Of Two Head" qui, s'il présente une plus grande part de boogie n'en reste pas moins teinté de blues.

R.P.: Oui, mais c'est celui là qui a tout déclenché. Avec des titres tels que "Rairoad" ou "Mean Girl": On pourrait dire qu'on avait trouvé le genre de rock qu'il nous plaisit définitivement de jouer. C'est ce qu'on a fait sans jamais en démordre. Pourtant je crois que l'on a oerdu ce our style depuis trois ou quatre albums. L'album "Just Supposin" a été mal accueilli. Je comprends pourquoi maintenant. En fait, on avait fait les choses trop proprement et on avait perdu un peu l'énergie du boogie au profit d'une production trop arrangée.
Le prochain album que je ferai sera différent, je voudrais enregistrer "live" en studio afin de récupérer cette énergie brute que l'on avait au départ de Status Quo et qu'on a perdu au fil des albums.
Tiens, je pense à une histoire marrante qui nous est arrivée au début de notre carrière.
C'était en 68, on jouait dans un grand club. Lorsque l'on est rentré sur scène il y avait trois spectateurs dans la salle, trois filles qui avaient sûrement dû se perdre ou rentrer pour s'abriter de la pluie. Bon, on voit cela, et on décide de quand même faire le show, au bout de trnte secondes Francis s'est cassé la figure, je crois qu'il était un peu bourré. On n'a pas été payé, ce dont on se doutait bien de toute façon.

ENFER: Comment expliques-tu le succès de votre musique, une musique qui a toujours été en dehors de toutes les modes ?

R.P.: Je pense que c'est dû au fait qu'on a su se créer un style, une image de marque bien précise et que l'on a travaillé très dur pour se mettre en place.
Status Quo, c'est comme une locomotive à vapeur, lorsqu'elle est lancée elle est très difficilement arrêtable à moins que ce ne soit de l'intérieur comme ce que l'on fait cette année. On a beaucoup travaillé la scène, investi beaucoup d'argent dans nos tournées, nos concerts pour pouvoir nous imposer comme un vrai groupe de rock'n'roll, et si cela a marché c'est justement parce que ça n'a été que du rock'n'roll depuis 20 ans.
 
ENFER: Quand vous êtes vous senti sûr de vous et de votre succès ?

R.P.: Jamais. A chaque album, à chaque concert, on s'est remis en question , pas musicalement mais intellectuellement. Aujourd'hui encore je ne suis pas totalement sûr de moi. On verra après le concert. A l'inverse on a toujours été convaincu, même au début où les temps étaient durs, que ce que l'on faisait pourrait être payant dans une certaine mesure, c'est pour cela que l'on ne s'est jamais découragé ni reposés sur quelques lauriers.
Du tout début ce que l'on a conservé avant tout, c'est la rage de jouer, la rage de convaincre. Tu vois, là, juste avant de monter sur les planches j'ai la rage de convaincre ce public une dernière fois.

ENFER: Qu'est ce que tu penses de ces quelques groupes qui prennent le train du boogie en marche ?

R.P.: Je n'en connais aucun. J'ai entendu parler de Spider. Disons qu'il leur faudra s'accrocher pour prendre notre place. Je leur souhaite bonne chance
ENFER: crois-tu que même en arrêtant les concerts, les disques, Status Quo laissera une place vacante ?

R.P.: En fait le souvenir de Status Quo prendra notre place, et donc je pense que ce sera dur pour les autres de nous faire oublier et de s'installer à notre place.

ENFER: Vous êtes pratiquement les seuls rescapés de tous les grands groupes qui ont défrayé la chronique rock des journaux de 68 à 72, toute cette vague de groupes de rock qui ont envahi Woodstock et les deux festivals de l'Ile de Wight, et vous êtes toujours au top niveau. Qu'est ce que selon toi, a fait que tant de groupes n'aient pas tenu le choc de l' après Woodstock ?
R.P.: Je crois que c'est parce que nous n'avons jamais eu la prétention de révolutionner la scène rock, mais au contraire de protéger le style rock'n'roll. Après la vague successive des modes, beaucoup n'ont pas résisté au changement des goûts du public, alors que notre musique est indémodable puisqu'elle s'insère dans le contexte du rock des années 50 et 60.

ENFER: Qui a eu l'idée de reprendre "Roadhouse Blues" Des Doors ?

R.P.: C'est moi

ENFER: Pourtant vous êtes tellement éloignés de l'esprit de Jim Morrisson.

R.P.: Oui, tout à fait, c'est ce qui m'a intéressé dans ce titre, c'était le beat, et je savais qu'en l'adaptant à notre sauce on en ferait quelque chose de grandiose. C'est la même chose que pour "Rockin All Over The World" de John Fogerty. On l'a refait en l'adaptant et on en a fait un tube, alors qu'avec Fogerty, cela n 'a jamais marché, remarque, on lui a fait gagner du fric.
ENFER: Vous n'avez jamais pratiqué de cooptation avec les groupes dont vous repreniez les titres ?

R.P.: Si, une fois, avec Rod Stewart lorsqu'on a refait "Wild Side Of Life". Il avait entendu notre version et la trouvait meilleure que la sienne (je ne suis pas mécontent de cela !) il nous a demandé de retarder sa sortie pour ne pas trop le gêner. Sinon, on n'a jamais demandé l'avis de qui que se soit pour les quelques reprises que l'on a fait.

ENFER: Est- ce que l'histoire décrite dans "Just Take Me" est une histoire vécue ?

R.P.: Non, c'est de la pure fiction. C'est la suite de l'histoire entamée dans "Backwater". Dans ce premier titre on décrit le décor, la gare de triage de Peckham, dans "Just Take Me", c'est l'histoire d'un pauvre type, une espèce de clochard qui imagine errer dans cette gare et qui se demande ce qu'il fait là et pourquoi il y est. Ce sont deux morceaux fétiches. Ce soir on les joue, on ne les avaient pas repris sur scène depuis 6 ans je crois.

ENFER: Enfin, Rick, qu'est devenu votre mentor Bob Young ?

R.P.: Il nous a quitté, maintenant il dirige une entreprise d'édition musicale.

ENFER: Comment se fait-il qu'il n'ait jamais intégré le groupe ?

R.P.: Il aurait pu y être, mais je n'ai pas tellement envie de parler de Bob

ENFER: Oh Rick, alors une dernière fois encore avec Status Quo "BREAK THE RULES" ?

R.P.: J'espère bien.

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