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L'histoire du groupe par Eric Fortin

1985

 

En début d’année, chacun travaille à son projet solo. Le groupe phénoménal qu’est Status Quo semble mort et les fans se préparent peu à peu à une annonce officielle de dissolution. Au mois de mai, Francis Rossi sort le simple " Modern Romance ", premier extrait de son futur album solo, qui se classe n°54 dans le top singles. Cependant, Bob Geldof travaille à l’élaboration du concert du Live Aid et pense sérieusement à Status Quo pour en faire l’ouverture. Il ne tarde à contacter le management du groupe. Francis Rossi se souvient de ce moment en ces termes : "J’ai dit à Bob que nous ne serions pas assez biens, nous ne sonnerions pas bien, nous n’avons pas joué depuis une année et nous n’avons pas répété. Il m’a répondu ‘Peu importe que vous sonniez bien ou pas, l’important est que vous soyez là’. "

Lancaster déclare lui de son côté que Rossi ne voulait pas faire le Live Aid et que c’est lui qui l’a plus ou moins obligé à jouer en lui disant qu’il se chargerait de faire savoir à tout le monde qu’il ne voulait pas participer à une œuvre de charité ! Le torchon brûlait à nouveau entre les deux. Cependant, en ce mois de juillet, Alan Lancaster est de retour à Londres et vit chez Rick Parfitt qui traverse une grave crise morale et financière. Ce dernier se voir retirer son permis pour conduite en état d’ivresse et est dans l’impossibilité de payer l’amende ! Sa situation familiale n’est guère meilleure puisqu’il est en instance de divorce d’avec sa femme Marietta. " A cette époque, j’ai sérieusement pensé au suicide " affirmera t-il. Cependant, le soutien du bassiste lui apporte un certain réconfort. " Je vivais avec Rick dans son appartement de Battersea. Nous écrivions des titres pour le futur album et enregistrerions des démos au studio Gaslight de Brixton. Après une de ces séances, nous avons donné un concert surprise, Rick et moi, au Marquee Club, avec John Coghlan et son groupe ". souligne Lancaster.

C’est donc le samedi 13 juillet et sur l’appel insistant de Bob Geldof, que Status Quo fait l’ouverture du " Live Aid " avec " Rocking all over the world " qui deviendra l’hymne du concert. Le groupe y interprète, outre " Rocking all over the world ", " Caroline " et " Don’t waste my time ". Triomphateur, le Quo émerveille à nouveau les 72.000 spectateurs de cet immense concert. Pourtant, c’est la dernière apparition live d’Alan Lancaster et de Pete Kircher alors qu’un déclic vient de se produire dans les têtes des deux guitaristes. La scène leur manque, Status Quo leur manque ! nous sommes en août et le retour est alors fortement envisagé. Rick explique le renouveau de la manière suivante : " Un jour, j’ai reçu un appel de la maison de disques me demandant un album en me rappelant les obligations du groupe. Alors, j’ai demandé à Francis de venir me voir pour en discuter. Nous avons commencé à discuter de choses et d’autres et pour la première fois, j’ai réalisé quel était son problème. Il ne voulait plus travailler avec Alan. Ceci a clarifié la situation. De plus, il pensait que j’étais du côté d’Alan. Alors, j’ai suggéré que si nous devions faire un album, il serait judicieux de le faire avec Jeff Rich et John Edwards, qui avaient travaillé sur mon album solo, et bien sûr Andrew aux claviers. Francis a accepté bien qu’il n’était pas chaud à l’idée de travailler avec des gens qu’il ne connaissait pas. Quand nous avons démarré les répétitions, çà a été très régénérant. Francis s’est senti, tout de suite, à l’aise avec les nouveaux. Pour la première fois, depuis des années, nous étions biens. Nous avions assez de matériel pour faire un album et Francis avait trouvé le titre ‘In the army now’ qu’il m’avait fait écouter dans sa voiture et je dois avouer que j’avais émis quelques réserves sur ce titre. Rhino et Jeff étaient si enthousiastes qu’ils rallumèrent la flamme chez Francis et moi. Pendant les répétitions, nous avons joué des vieux trucs comme ‘Big fat mama’ et ‘Don’t waste my time’ et ça sonnait d’une manière formidable. Le groupe fut de nouveau en marche. Status Quo était gonflé à bloc, je ne pouvais le croire ".

" Lorsque nous nous sommes réunis pour la première fois avec Jeff et Rhino, nous voulions leur montrer nos prestations scéniques et nous leur avons montré la vidéo ‘End of the road’. C’était atroce. Nous n’avions pas réalisé à quel point, nous étions mauvais. Nous étions supposé leur montrer notre énergie et c’était comme si on leur montrait des morts sur une scène. C’était très embarrassant pour nous et nous leur avons dit d’ignorer çà ". souligne Rossi.

L’enthousiasme étant, de nouveau, présent, le groupe enregistre, en septembre, quatre démos sous le nom ‘Status Quo’ qui sont soumises à Vertigo. La maison de disques répond favorablement et projette de sortir le futur album en janvier 1986. La nouvelle se répand rapidement jusqu’en Australie, ne laissant évidemment pas Lancaster indifférent. En effet, peu de temps après, Alan assigne Rick et Francis en justice pour les empêcher d’utiliser le nom en son absence. Il veut rester dans le groupe et se sent lésé. " Ca s’est passé très sournoisement ce n’est pas comme s’ils m’avaient dit : ‘Ecoute, Alan, nous voulons nous séparer de toi, il ne me l’ont pas dit franchement, ils m’ont juste écarté’. souligne Lancaster. En cette fin d’année 1985, chacun se prépare à aller en justice, le point de non-retour étant franchi.

 

 

Pour la dernière fois réunis, Alan, Francis et Rick (Live Aid, 13 juillet 1985)

1986

 

Le début de l’année voit se dérouler le procès qui doit déterminer à qui doit revenir le précieux nom ‘Status Quo’. Hélas pour Alan et grâce aux avocats de Phonogram, l’affaire fût rondement menée. Lors de l’audience, un grand déballage de différents, cachés depuis longtemps, fût étalé (choix des titres, projets etc …).

" Alan voulait former un Status Quo II, alors j’ai dit qu’il fallait le laisser faire. Mais Vertigo a catégoriquement refusé. Rick et moi nous sommes rendu au palais de justice et nous l’avons rencontré, il est venu vers nous et s’est assis près de nous. ‘Voyez-vous une objection si je m’assoie ici ?’ nous demanda t-il. Nous avons répondu que non. Il nous a ensuite dit qu’il ne fallait pas qu’il y ait de mauvais sentiments entre nous. Je vous avais prévenu tous les deux de ce que je ferais et c’est ce que je suis en train de faire’ déclara t-il. Puis, il a perdu le procès. Maintenant, il agit d’une manière plus vicieuse alors que lorsqu’il pensait gagner, il ne fallait pas de mauvais sentiments entre nous ! Franchement, Alan Lancaster, dans un sens social, j’aimais ce gars, c’était un type bien mais je ne voulais plus travailler avec lui. C’est aussi simple que çà " affirme Rossi.

Néanmoins Alan se comporta assez maladroitement devant le juge et celui-ci lui donna tort. En fait, la décision finale a certainement été provoquée par les paroles insultantes dont Alan gratifia ses ex-potes. Au mois de mars, le juge offrait la possibilité à Rossi et Parfitt d’utiliser temporairement le nom Status Quo jusqu’à la proclamation d’une décision définitive. Pourtant, bien que tout le monde attendait ce jugement, un arrangement fut trouvé avec Lancaster. Cet arrangement stipulait que le bassiste était d’accord pour vendre sa participation au nom à Rossi et Parfitt. Lancaster n’appartiendra ‘officiellement’ plus à Status Quo qu’en janvier 1987.

" J’ai tout perdu, tout, j’ai perdu des millions à cause de Rossi. J’ai dépensé tout mon argent pour ce procès. Je suis rendu au tribunal pour rien. J’ai trois enfants. Rossi a pris l’héritage de mes enfants, il m’a fait la chose la plus basse qu’un homme ait pû faire à un autre homme. Il a emporté ma vie et ma façon de vivre. Quand on quitte un groupe et qu’on ne vous laisse rien, que voulez-vous faire ? Personne ne veut promouvoir un gars de 37 ans qui doit commencer une nouvelle carrière. C’est très douloureux. Jamais, je ne m’en remettrais ! ". A peine le verdict rendu, Lancaster ne s’embarrasse pas de fioritures pour épingler son ex-coéquipier Francis Rossi lequel répond de la manière suivante : " Qu’est ce que je peux répondre à çà ? C’est vraiment typique d’Alan. C’est du masochisme. Comment ose t-il dire qu’on lui a pris l’héritage de ses enfants. Et tout le vieux matériel, il nous l’a vendu, çà fait une grosse différence, non ? "

Hormis ces déclarations tapageuses, c’est l’esprit libéré que Rick et Francis allaient pouvoir étudier le projet de remettre Status Quo sur pied. La formation, désormais composée de Francis Rossi (guitare, chant), Rick Parfitt (guitare, chant), Andy Bown (claviers, chant), John Edwards (basse) et Jeff Rich (batterie) répète et enregistre son futur album. "Nous avons senti passer entre nous un feeling, une joie véritable de jouer que nous n’avions plus connu depuis des années" déclare Rossi. C’est donc un groupe plein d’énergie qui entame le 2 mai à Linz en Autriche, une tournée européenne. Tout le restant de l’année, Quo sera sur la route donnant une multitude de concerts à travers le vieux continent.

Le 9 mai voit la sortie du premier single du nouveau-line up. "Rollin’home" entre dans le top 10, se classant n°9. C’est le retour de Quo. Come-back réussi !

Les 11 et 12 juillet, Status Quo se produit avec Queen au stade de Wembley réunissant plus de 150.000 personnes sur les deux journées. On peut lire dans la presse française : "L’une des vertus de ce groupe, c’est qu’il ferait danser le Vatican tout entier … Malgré le crachin, l’ambiance est incroyable … Status Quo reste le maître incontesté du boogie".

En France, Status Quo se produit le 13 juillet à Brest, au stade Francis le Blé, peu avant la parution de "Red sky" qui sort finalement le 18 juillet, entre dans les Charts le 26 et se classe à la 19ième place des ventes de singles en Grande-Bretagne.

Le 9 août, la formation effectue, pour la bonne cause, trois concerts en 24 heures dans trois pays différents qui sont l’Angleterre, la Suisse et le Danemark.

Le groupe est en vacances lorsque sort, en septembre, le nouvel album intitulé "In the army now". "Cette fois, nous avons enfin fait, depuis bien longtemps ce n’était pas arrivé, un album qui nous plaît, tout à fait personnellement" dira plus tard Parfitt. Au public aussi, il plaît et il se vend. Il se classe n°7 dans les Charts anglais le 6 septembre et y séjourne 19 semaines.

Dans la foulée, sort le single du même nom. "In the army now", reprise d’un obscure groupe hollandais, entre dans les Charts le 4 octobre et se classe n°2 en novembre. Il reste 3 mois classé et devient un gros hit dans toute l’Europe (n°2 en France avec 750.000 exemplaires vendus). "Quand nous l’avons enregistré, j’ai pensé soit çà fait un gros hit, soit un flop total. Ce n’est pas le genre de titre qui laisse un avis mitigé. On adore ou on déteste" souligne Rossi. C’est, en outre, le vingtième top 10 single de Quo.

A Swindon, le 3 octobre, fort de leur succès, les cinq musiciens entament le "In the army now" tour. Le périple se déroule devant des salles archi-combles. Pourtant les 3 concerts français (Toulouse, Montbrisson, Paris) prévus les 4,5 et 6 novembre sont annulés faute de promotion. La tournée s’achève finalement le 21 décembre à l’Odéon d’Hammersmith.

Vertigo, flairant la bonne affaire commerciale, décide de sortir un nouveau single extrait du nouvel album. Il s’agit de "Dreamin" qui sort fnalement le 28 novembre et qui sera un nouveau succès pour le groupe.

Suite :1987-1988