1962 1963-1964 1965-1966 1967-1968 1969-1970

L'histoire du groupe par Eric Fortin

1965

Peu avare d’efforts, Pat Barlow continue de prospecter et trouve à son groupe des concerts et encore des concerts. Au printemps, une première lueur d’espoir voit le jour, il lui décroche une audition capitale. En cas de réussite, le groupe effectuera une saison au camp de vacances, le Butlin’s dans le Minehead. Finies les galères pour un certain temps. Finalement, l’audition se révèle positive et le groupe est engagé pour quatre mois. Puis, sur les conseils de leur producteur, ils prennent un virage à 180° en devenant professionnels. " En fait, je fus viré un quart d’heure avant la fin du dernier jour, j’étais vraiment bête à l’époque car je me souviens avoir dit à un professeur de français que je n’avais pas besoin d’apprendre cette langue parce que j’allais devenir une star et qu’il y aurait quelqu’un qui parlerait pour moi " se souvient Rossi. Néanmoins, Jess Jaworski, peu confiant en l’avenir du groupe, refuse de passer professionnel et préfère continuer ses études. Remarqué par Pat Barlow, Roy Lynes devient le nouvel organiste du groupe. Francis et Alan quittent l’école où il faut bien le reconnaître, ils n’étaient plus trop assidus. John, quant à lui, quitte ses petits boulots (il était tantôt électricien, tantôt poseur de fenêtres dans divers entreprises).

Les Spectres débarquent au Butlin’s , le jour des seize ans de Rossi. " Quand nous sommes arrivé au Butlin’s, nous avons constaté qu’ils nous avaient mis à côté d’un énorme bar appelé " Pig et Whistle " et nous avons dit " Oh, non, nous voulons jouer dans la salle de danse ", ce qui fut fait. Le problème est qu’à l’intérieur de la salle, on ne vendait pas de boissons alcoolisées si bien que personne ne venait nous voir, ils étaient tous au bar. Il y avait du monde dans la salle uniquement lorsque le bar était fermé. " se souvient Rossi.

Francis, Alan, John et Roy animent les journées en jouant 2 heures l’après-midi et 3 heures le soir. Leur répertoire est constitué essentiellement de titres d’Elvis Presley, des Everly Brothers et de classiques de rock’n’roll. C’est là, qu’ils font la connaissance de Richard Parfitt qui fait un numéro de cabaret habillé en égyptien de pacotille. De jours en jours, une amitié très forte voit le jour entre les Spectres et Rick. Ce dernier, très attiré par le groupe, leur rend visite tous les soirs lorsqu’ils jouent. C’est alors que le 10 octobre, les Spectres promettent à Parfitt de travailler avec lui à l’avenir.

Néanmoins, la saison terminée, tout le monde retourne dans le sous-sol de Barlow pour répéter. L’argent gagné au Butlin’s permet aux Spectres d’acheter du nouveau matériel.

Toujours aussi déterminé, le manager du groupe leur demande de faire une démo pour la présenter aux maisons de disques où il rêve de décrocher un contrat d’enregistrement, qui, selon lui, ne devrait pas tarder. Pourtant la musique que joue le groupe n’intéresse personne.

" Au début ou nous sommes passés professionnels, nous jouions les musiques que nous aimions comme les Everly Brothers, Elvis Presley, enfin des classiques de rock’n’roll. Mais, quand nous sommes rentrés du Butlin’s, personne ne voulait de ce genre de matériel. Alors, pour survivre avec les concerts, nous avons dû apprendre à jouer du nouveau matériel fait de soul music. " affirme Rossi.

 

1966

En 1966, Les Spectres, après avoir joué au Butlin’s et dans plusieurs autres camps ou pubs, n’ont qu’une envie en tête, c’est d’entrer en studio pour y enregistrer leur premier disque. C’est pourquoi Pat Barlow, leur producteur, leur fait enregistrer plusieurs démos qu’il envoie à diverses maisons d’édition.

Après avoir écouté soigneusement leur bande, le label Picadilly Records semble intéressé par ce jeune groupe qu’il juge prometteur. Le groupe enregistre, alors, une démo de " I who have nothing " que Barlow, plus que jamais désireux de négocier un contrat d’enregistrement, propose à John Schroeder, un producteur de chez Pye. Ce dernier est enthousiaste et pense avoir trouvé un groupe à succès et c’est après avoir assisté à un concert au Charlie Chester’s Casino de Londres et à quelques unes des répétitions des Spectres dans le sous-sol de leur plombier-manager qu’il décide de leur offrir leur premier contrat discographique. Ce contrat d’une durée de cinq ans est signé le 18 juillet. C’est du délire au sein du groupe. " Le jour où on a signé ce putain de contrat, j’avais une telle pétoche que j’avais décalé le boutonnage de mon veston et pendant toute la discussion , j’ai senti le regard du directeur se poser sur mon abdomen " se souvient Rossi.

Enfin, ils avaient ce qu’ils désiraient tant, un contrat et vivre de leur musique mais profitant de leur naïveté, cet engagement frisera l’escroquerie, nos quatre lascars ne touchant que 1% du montant total de leur vente !

Afin de ne pas perdre de temps, John Schroeder se contente de remanier la démo de " I who have nothing ". Ce premier single, sorti le 9 Septembre, se révèle un bide total. Pourtant, cette contre performance n’altère en rien les ardeurs du groupe et c’est Alan Lancaster qui s’attelle à l’écriture du futur single qui sort finalement le 18 Novembre. " Hurdy gurdy man ", second single du groupe, ne connaîtra pas, lui non plus, les honneurs des Charts. Pourtant, malgré ces deux échecs, les Spectres continuent à croire fermement en leur avenir, encouragé en cela par leur entourage.

Suite :1967-1968